Vers un reporting extra-financier générateur de valeur ajoutée

TENNAXIA

Matérialité et transparence progressent dans la communication extra-financière, et les critères RSE - ESG s'invitent dans la gouvernance et les décisions stratégiques. Décryptage avec la cinquième étude "Pratiques de reporting extra-financier et rapport RSE" réalisée par Tennaxia auprès de 90 entreprises cotées et non cotées ... (en accès libre) 

Matérialité et transparence progressent dans la communication extra-financière, et les critères RSE - ESG s'invitent dans la gouvernance et les décisions stratégiques. Bien qu'en constante évolution (lire nos articles ci-dessous) et souvent perçu comme chronophage au sein des entreprises, le reporting RSE acquiert ses lettres de noblesse vis à vis des comités stratégiques et des organes de gouvernance. La pertinence vis à vis de l'activité de l'entreprise est essentielle, souligne Bertrand Desmier, directeur associé chez Tennaxia, une pertinence qui passe par une analyse de matérialité, une démarche parfois complexe et impliquant l'interne aussi bien que les parties prenantes de l'entreprise pour définir les critères clés de performance (Key Performance Indexes ou KPI).

De la matérialité aux ODD

Sur les 90 entreprises du panel interrogé par Tennaxia pour cette cinquième étude (à télécharger ci-dessous), 52% ont effectué cette analyse soit 46 répondants positifs, une démarche qui reste cependant plutôt l'apanage des grands groupes : 42 entreprises réalisent un CA supérieur à 1Md€ et 38 comptent plus de 5.000 collaborateurs. Un travail de plus en plus apprécié par les comités stratégiques qui sont 65% à examiner régulièrement les KPI, et intègrent de plus en plus dans le pilotage de la stratégie globale du business de nouveaux KPI issus de l'analyse de matérialité extra-financière : 63% cette année contre 48% il y a un an seulement et en majorité des industriels cotée ou sous forme de SA, déjà soumises à Grenelle 225. Conséquence logique, l'intégration de ces KPI - RSE dans les rémunérations variables des managers (lire notre article ci-dessous : les critères RSE s'invitent dans la rémunération des dirigeants). Autre conséquence : 87% des entreprises se fixent des objectifs RSE dans diverses dimensions, qui viennent nourrir les réflexions prospectives pour cadrer en interne l'ambition voulue pour le business (dans 95% des cas), ou pour effectuer un benchmarking (45%). Nouveauté, les Objectifs de développement durable (ODD) cités dans 44% des entreprises du panel (15% l'an dernier), qui au delà de l'exercice imposé d'une matrice de correspondance figurant dans le rapport extra-financier, deviennent un sujet de réflexion transversal à portée internationale pour le top-management, qui est aussi l'occasion d'une revue des "plans de progrès" RSE généralement bi ou tri-annuels. Et plus de la moitié des entreprises non encore engagées dans les ODD déclarent vouloir le faire dans les 3 prochaines années. Certains y voient ouvertement des opportunité business, comme le montrait une étude de CSR Europe parue au printemps 2017 (lien ci-dessous), dans laquelle 52% des CEO européens interrogés indiquent que les ODD sont des opportunités de marché et 48% qu'ils s'appuieront sur des partenariats stratégiques avec leurs stakeholders pour piloter leur croissance - mais les entreprises françaises ne sont que 10% à partager cette conviction. 

Un reporting plus transparent et plus crédible...

Signe que le rapport extra-financier est plus qu'un exercice réglementaire obligé, les deux tiers des entreprises cette année - contre 54% l'an dernier - publient non seulement leurs objectifs RSE, mais aussi leur atteinte, ou les raisons pour lesquelles ces objectifs n'ont pas été atteints - dans une sorte de comply or explain volontaire. Principales raisons avancées en cas de non-atteinte : le manque de ressources et une implication insuffisante des équipes. En tous cas, une tendance à la transparence qui devrait s'accélérer étant donné les dernières évolutions légales : la transposition en droit français de la directive européenne qui s'applique dès ce mois de septembre 2017 prévoit en effet que les entreprises concernées devront communiquer leur rapports sur internet (lire nos articles ci-dessous). Publication ou pas, 42% des corporates indiquent faire vérifier la réalité des objectifs et des process par un organisme tiers indépendant (OTI), malgré des coûts de mission qui réservent cette revue aux plus grosses organisations.
Par ailleurs, les entreprises du panel indiquent répondre en moyenne à 4 questionnaires d'agences de notation extra-financière : "le Carbon Disclosure Project (CDP), EcoVadis et Vigeo recueillent chacune environ 60% d’entreprises répondantes, et au total 8 agences de notation extra-financières recueillent la réponse d’au moins 1/3 des entreprises interrogées", indique Bertrand Desmier. En tête, 63% du panel répond au CDP, à égalité avec EcoVadis qui est plébiscité par la supply-chain et le devoir de vigilance qu'elle implique. Vigeo-Eiris arrive en troisième position avec 59%, puis le Gaia Index à 41%.

Une surprise justement sur les chaînes d'approvisionnement, car plus l'entreprise est grosse, moins elle se sent concernée par le devoir de vigilance dont le périmètre d'applicabilité est jugé "flou". A l'inverse, les entreprises plus petites s'emparent du sujet en raison de l'effet "boule de neige" de la réglementation et... de leurs donneurs d'ordre qui déclarent à 70% vouloir évaluer leurs sous-traitants. Cependant, 80% des entreprises jugent nécessaire d'incorporer à brève échéance les risques liés au devoir de vigilance dans leur analyse de matérialité, et 86% d'entre elles de mettre en place un code de conduite ou veiller à l'application de ce code (lire notre article ci-dessous : Vigeo dévoile les bonnes pratiques du devoir de vigilance). 

Enfin, poussé par l'article 173 de la LTECV, 62% des entreprises se sont fixées cette année ces objectifs liés à une trajectoire bas carbone (42% l'an dernier), et l'approche des Science Based Targets sont jugés prometteurs pour y parvenir par 17 des entreprises répondantes (sur les 22 déjà engagées à ce jour). 

... mais chronophage et coûteux

Même si le jeu en vaut la chandelle, tout cela a un coût pour les entreprises qui, face à la multiplication à la fois des référentiels de reporting et des questionnaires des agences de notation, se plaignent d'un aspect chronophage. 77% des entreprises s'appuient dorénavant sur (au moins) un référentiel, celui de la Global Reporting Initiative (GRI) venant en tête avec 66% d'utilisateurs (44% l'an dernier) et dont on trouve souvent la "table de correspondance" en annexe du rapport RSE. Le GRI est reconnu pour son côté exhaustif et structuré, mais critiqué pour la faiblesse actuelle de ses KPIs sectoriels qui compliquent les comparaisons. Cependant, le référentiel anglo-saxon SASB, sectoriellement bien meilleur, est boudé par les entreprises françaises avec seulement 4,2% d'utilisateurs, tout comme celui de l'IIRC (12%). Sur le reporting des ODD, le podium revient aux objectifs 7, 12 et 13 (EnR, consommation responsable et lutte contre le changement climatique), alors qu'à l'échelle européenne, les corporate plébiscitent plutôt les ODD 3, 8 et 12 (emploi décent, accès à la santé, consommation responsable). Quand aux agences de notation, leurs questionnaires sont jugés "pas toujours pertinents" par rapport à l'activité de l'entreprise par 73% du panel... mais aussi trop changeants (81%) - deux réponses contradictoires, sachant par exemple que le CDP fait évoluer en ce moment son questionnaire 2018... pour mieux répondre aux attentes sectorielles sur lesquelles il était critiqué par ces mêmes répondants (lire notre article ci-dessous).

Méthodologie : 

L’étude auto-administrée 2017 a été réalisée entre le 1e mars et 30 mai 2017 auprès de 90 entreprises (42 cotées et 48 non cotées) puis enrichie par une quinzaine d’entretiens téléphoniques complémentaires.

Typologie des répondants :

• 34 % des entreprises répondantes emploient entre 500 et 5000 salariés

• 61 % des entreprises répondantes ont un CA supérieur à 1 milliard d’euros

• 46 % des entreprises répondantes sont cotées en Bourse

• 63 % sont soumises aux obligations réglementaires de l’article 225 du Grenelle 2

Tennaxia est un cabinet de conseil en stratégie RSE, analyse de matérialité, protocole de reporting, analyse de données, conseil éditorial et évaluation des rapports extra-financiers, et est également éditeur de logiciels de pilotage et de reporting RSE.

Voir la fiche de Tennaxia ci-dessous | se référencer dans notre base de données

 

 

LIENS DE L’ARTICLE

site web: Tennaxia - étude "Pratiques de reporting RSE et rapports extra-financiers" 2017 - 5ème édition (page web): http://www2.tennaxia.com/actualites/ressources/etude-rse-pratiques-reporting-rse

site web: CSR Europe - Frost & Sullivan - Globescan : The Sustainable Development Goals (SDGs): The Value for Europe (PDF): https://www.csreurope.org/sites/default/files/uploads/FS_WP_Sustainable%20Development%20Goals_05112017_RD_0.pdf

POUR APPROFONDIR LE SUJET

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