Le risque climat s'invite dans le rapport intégré

TCFD-FSB

La LTECV, Grenelle II, les ODD, puis les récents travaux de la TCFD poussent les entreprises à fournir aux marchés financiers un rapport intégré incluant la projection du risque climat. Décryptage (en accès libre).

La LTECV, Grenelle II, les Objectifs de Développement Durable (ODD), puis les récents travaux de la Task Force for Financial Disclosure (TCFD) : tout converge maintenant pour que les entreprises dépassent un constat statique de leur exposition au risque climat, et fournissent désormais dans leurs rapports annuels de véritables projections qui pourront être intégrées par les marchés. Chaque entreprise doit maintenant s'atteler à définir et à chiffrer les scénarios stratégiques à dix, vingt ou trente ans pour décarboner ou transformer leurs business models, y compris pour les risques climats non physiques. En interne, l'analyse de matérialité ne peut plus être découplée de la stratégie business : un dialogue permanent entre la fonctions de risk management et la fonction finance devient nécessaire. Et il y a urgence : le Carbon Disclosure Project (CDP) a d'ores et déjà annoncé que ses analyses 2017 se baseraient sur le référentiel préconisé ce printemps par la TCFD (voir notre article ci-dessous).

Illustration avec une entreprise pétrolière : la trajectoire "2 degrés" de la COP21 signifie pour les pétroliers qu'une partie des réserves ne pourra pas être brûlée et restera sous terre. Ces "stranded assets" suscitent des question des investisseurs, par exemple le taux de "value at risk", estimé autour de 1,8% des actifs mondiaux mais que certaines entreprises comme Total, AXA, Aviva fixent déjà à 5% de l'ANR. Investisseurs qui au-delà de ce risque de dépréciation veulent aussi savoir quel business-model adoptera l'entreprise. Total par exemple s'applique auprès des marchés financiers à clarifier sa stratégie 2035 : produire 60% de gaz, mener une stratégie d'acquisition dans les EnR et le stockage - déjà en cours avec les rachats de SAFT et SunPower, et intégration systématique d'un prix du carbone à 30-40$ / tCO2 dans les décisions d'investissement.

Cela illustre l'ampleur de l'écart à combler : l'horizon stratégique - et souvent les horizons des décisions d'investissement sous-jacentes - est sur 10, 30, voire 50 ans. L'horizon du marché est d'un an, celui du régulateur de un à trois ans. Comment réconcilier ce grand écart qui rend difficile d'obtenir un consensus de marché sur l'analyse de la trajectoire risque-climat de telle ou telle entreprise ? C'est l'un des objectifs de long terme de la TCFD, qui en définissant ce socle commun d'informations cohérent, en suscitant l'adhésion des agences, tiers évaluateurs et analystes à ce référentiel, mâche en quelque sorte les travaux à venir des régulateurs. Ces derniers pourront alors graver dans le marbre, sur la base de pratiques déjà intégrées par le business, la nécessaire anticipation des marchés financiers. Et ces derniers enfin peut-être mieux valoriser celles qui intègrent un prix du carbone interne à sa juste valeur.

En quelque sorte, "inverser la traction" pour pousser les marchés encore peu demandeurs à intégrer ce nouveau risque systémique, en mobilisant d'abord les entreprises. Un enjeu que commence à intégrer l'Union Européenne, avec la création fin 2016 du High-Level Expert Group on sustainable finance, composé d'experts de la société civile et d'experts des marchés financiers, et dont l'objectif affiché est de formuler des "recommandations pour l'élaboration d'une stratégie globale de l'UE en matière de finance durable dans le cadre de l'union des marchés des capitaux (...) Pour ces deux raisons, l'Europe doit mettre au point une stratégie cohérente et proactive afin d'ancrer la durabilité dans la réglementation et la régulation financières". On ne saurait mieux dire, et on pense notamment à une révision des règles (BALE II, IFRS), prudentielles d'affectation des capitaux propres aux ratios de solvabilité, vers un allègement pour les projets d'infrastructure ou d'EnR, et in fine l'émergence d'une nouvelle classe d'actifs.

Télécharger: Création du EU - High Level Expert Group - Sustainable Finance (201612)

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