Corinne Lepage : "sur l'environnement, les entreprises sont plus ambitieuses que l'État"

Lepage Corinne

Corinne Lepage, ancienne ministre de l'environnement d'Alain Juppé, se désole des multiples reculs sur l'environnement effectués par Emmanuel Macron depuis le début de l'année. Cet avocate, spécialiste du droit de l'environnement, affirme que les entreprises intègrent bien d'avantage la contrainte écologique que le gouvernement, en particulier dans leur modèle économique. Elle appelle à un sursaut. 

RSEDATANEWS : Climat, Santé environnementale, écologie. Les reculs du gouvernement se multiplient… L’administration Macron est-elle hostile à l’écologie ?

Corinne Lepage : Cela dépend de quel point de vue on se place. Dans les faits, on peut effectivement l’affirmer. Mais ce n’est pas le cas sur le plan de la communication. Toute l’ambiguïté du gouvernement réside là. Vous avez la multiplication de propos excessivement volontariste d’une part. Et ce de la part du Président de la République et du Ministre d’État (Nicolas Hulot, NDLR) qui vante l’excellence française notamment en matière de climat. Et puis vous avez de l’autre une réalité ben plus sombre. Cette distorsion me paraît toxique. Pourquoi ? Car cela peut donner à la population, qui s’inquiète légitimement, que ces problèmes sont traités. Or ce n’est pas le cas. Il nous faut donc collectivement démonter la communication avant d’aborder le fonds des problème.

RSEDN : A quelle aune jugez vous l’action de Nicolas Hulot ?

CL : C’est un homme dont les convictions ne peuvent être remises en question. Mais ce n’est pas un politique. Il n’a pas du tout le sens des rapports de force. Il n’a pas constitué un groupe à l’Assemblée nationale capable de peser et de l’aider. Il ne fait pas non plus appel à l’opinion publique… Il est par conséquent totalement isolé. On reprochait à Ségolène Royal beaucoup de choses, en particulier l’abandon de l’écotaxe. Mais c’est une politique, ce qui lui a permis de faire réellement avancer beaucoup de sujets.

RSEDN : Vous avez occupé la place de Nicolas Hulot entre 1995 et 1997. Comme lui, vous êtes issus de la société civile. Comment arriviez-vous à peser et à remporter des arbitrages ministériels ?

CL : J’ai tenté de faire de mes faiblesses des forces. À l’époque, le ministère de l’environnement était tout petit et n’inquiétait pas grand monde. J’ai pu mener certaines actions sans que cela ne se voit trop. C’est ainsi que j’ai obtenu le classement de la moitié de la Guyane ou un moratoire sur les OGM. Pour y parvenir, j’ai obtenu le soutien de plusieurs puissants parlementaires. Et puis si je n’étais pas du sérail, je savais tout de même grâce à ma formation de juriste que ma signature est, à un moment donné du processus, incontournable. Je construisais mes stratégies en fonction de ces deux axes.

"Le vieux monde"

RSEDN : Les entreprises sont-elles à vos yeux plus avancées sur ces questions là que le gouvernement ?

CL : Oui, sans aucun doute, y compris sur des sujets comme l’énergie. Il nous arrive de présenter devant des entreprises des scenario très ambitieux de sortie des énergies fossiles et du nucléaire, en particulier dans les débats qui entourent la PPE (programmation pluriannuelle de l’énergie, NDLR) ? Cela ne suscite aucune émotion particulière.

RSEDN : Comment expliquez-vous l’attitude frileuse de l’État ?

CL : Cette position extrêmement conservatrice fait très vieux monde. Elle s’explique en partie par le poids des lobbys. La récente loi EGALIM constitue un bon exemple. Ce sont les positions d’une partie de l’agriculture qui ont prévalu. Celles des grands céréaliers notamment, alors même qu’elles sont très éloignées de celles des agriculteurs de terrain.

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