Climat : les investisseurs français financent toujours le charbon

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Un rapport publié aujourd’hui par l’ONG Les amis de la terre chiffre le montant des investissements français dans les entreprises développant de nouvelles centrales à charbon. En tête de classement : un assureur, suivi de quatre banques (en accès libre).

Lundi, le consortium scientifique Global Carbon Project annonçait que les émissions mondiales de gaz à effet de serre repartaient à la hausse. En progression de +2% pour cette année alors qu'elles stagnaient depuis 3 ans.

L’ONG Les amis de la terre France éclaire aujourd’hui une partie du problème : les investisseurs continuent de soutenir les projets de… nouvelles centrales à charbon.

Dans un rapport publié ce mercredi, l’ONG chiffre pour la première fois les investissements français dans les 120 entreprises les plus actives dans la construction de ces nouvelles centrales. À elles seules, ces 120 entreprises projettent de développer 550 gigawatts (GW) de nouvelle capacité charbon, soit les deux tiers des 840 GW actuellement prévus, ce qui augmenterait de près de 43 % la capacité totale actuelle

Selon l’étude menée par Les amis de la terre, en partenariat avec le cabinet néerlandais Profundo, ce sont les groupes d’assurance qui sont, en France, les champions de l’essor du charbon : ils détiennent des actions et des obligations des 120 principaux développeurs mondiaux pour un montant total de plus de 926 millions de dollars.

En tête de ce classement, Axa, qui avec 848 millions de dollars investis depuis 2015, représente à lui seul 91 % des investissements des assureurs. Suivent ensuite Groupama (42 millions), AG2R La Mondiale (18 millions) et Covéa (11 millions). « On est très loin d’un alignement des investissements avec les objectifs de 1,5 - 2°C de la COP21. Cela est d’autant plus absurde qu’en assurant et en investissant dans le charbon, les assureurs contribuent à un niveau de changement climatique catastrophique dont elles sont censées protéger leurs clients », analyse Lucie Pinson, chargée de campagne finance privée aux Amis de la Terre France.

Bien que le rapport signé par Les amis de la terre France s’intitule « Le charbon prend de l’assurance », le soutien des banques est également pointé : les plus gros investisseurs français après Axa sont en effet les quatre groupes bancaires suivants : Crédit Agricole (633 millions), BNP Paribas (336 millions), BPCE Groupe (334 millions) et Société Générale (291 millions). Ces quatre banques, plus Axa, investissent au total 2 441 millions de dollars dans les entreprises qui développent des projets charbon, soit 88 % des investissements français.

 

Sortir du charbon, mode d’emploi

 

Pour aider les assureurs à sortir de l’ornière charbon, l’ONG propose une série de recommandations :

Pour aider les investisseurs dans cette tâche d’identification des acteurs du charbon sur toute la chaîne de valeur, Les amis de la terre France les renvoie à la Global Coal Exit List publiée la semaine dernière par Urgewald, une autre ONG partenaire.

Le tableau n’est cependant pas totalement noir. L’instauration d’un vrai dialogue entre l’ONG et le secteur banques/assurance est une vraie bonne nouvelle. "Alertes et divulgations de chiffres ne relèvent pas d’un simple name & shame contre-productif, souligne Lucie Pinson. Notre action fait bouger les lignes et certains acteurs travaillent sur nos recommandations. Nous avons fait progresser la transparence, ce qui est positif. Il faut maintenant passer aux actes. Car la transparence ne sauvera pas le climat".

 

POUR APPROFONDIR LE SUJET

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