Arnaud Gossement : "Nicolas Hulot sera le dernier ministre de l'écologie"

Gossement Arnaud

Quel bilan tirer de la première année de Nicolas Hulot au poste de ministre de l'environnement? Pour l'avocat Arnaud Gossement, spécialiste du droit de l'environnement et "vétéran" du sommet du Grenelle en 2008, le débat autour de la personne du ministre n'a pas de sens. Il regrette l'absence d'un vice-premier ministre en charge du développement durable et déplore que l'écologie ne soit qu'une "politique parmi d'autres" en dépit des annonces d'Émmanuel Macron (en accès libre).

RSEDATANEWS : Quel bilan tirez-vous de la première année de Nicolas Hulot à la tête du ministère de l’Écologie ?

Arnaud Gossement : Mon bilan est exactement celui que faisait Nicolas Hulot en … 2006 ! Ce qu’il annonçait dans le pacte écologique il y a 12 ans est en train de réaliser. Il faut se référer à ce qu’il écrivait concernant la création d’un vice-Premier ministre en charge du développement durable. Il estimait que quel que soient les bonnes intentions du ministre de l’environnement – et dieu sait si nous avons des personnalités très engagées comme Corinne Lepage ou Jean-Louis Borloo – c’est que l’écologie n’est qu’une politique parmi d’autres et qu’elle n’est pas au cœur des politiques publiques. C’est encore vrai aujourd’hui avec Emmanuel Macron. Si on regarde les décisions de Nicolas Hulot, certaines sont très bonnes comme l’abandon du projet de Notre-Dame des Landes. Mais l’écologie n’est pas devenue une racine des politiques publiques, ce qui est un échec pour lui.

RSEDN : Comment expliquez qu’ayant lui-même théorisé cet échec en 2006, il ait tout de même accepté la fonction en 2017 ?

AG : Je pense qu’il a fait le même pari que Jean-Louis Borloo. Lorsque ce dernier arrive au ministère, les ONG sont contentes car il est ministre d’État mais elle sont également déçues car il n’est pas vice-Premier ministre. Nicolas Sarkozy s’était pourtant engagé sur ce point. Il n’a pas tenu sa promesse. Ce n’est pas un ministre qui a du poids en interministériel. Dans ces discussions interministérielles, il doit défendre ses positions face à d’autres ministères beaucoup plus puissant comme Bercy. À l’époque, Jean-Louis Borloo espérait que grâce à un appui extérieur, à savoir les partenaires du Grenelle, il obtiendrait autant de pouvoir qu’un vice-premier ministre. Ce qui s’est vérifié au cours des deux premières années de son mandat. Pas les deux suivantes. C’est pareil pour Nicolas Hulot. Je pense qu’il a voulu compenser par sa notoriété et par le fait qu’il se trouve en position centrale dans la majorité construite par Emmanuel Macron.

RSEDN : Mais il profite peu de sa notoriété. Il prend de moins en moins publiquement la parole…

AG : Lorsque vous fondez votre pouvoir en tant que ministre sur votre notoriété, deux options s’offrent à vous. Soit menacer quotidiennement de démissionner. Mais criez au loup ne fonctionne pas. Cela finit même par lasser jusque dans l’opinion publique. Soit vous maniez cet argument rarement et uniquement pour remporter de grands arbitrages, comme celui de Notre-Dame-des-Landes. À mon avis, c’est le pari de Nicolas Hulot. Mais dans un cas comme dans l’autre, cela ne compense pas l’absence de réforme du poste même du ministre en charge de l’écologie. Je pense que Nicolas Hulot sera le dernier ministre de l’écologie.

"Créer une fonction de vice-Premier ministre"

RSEDN : Sur quelle analyse repose un tel pronostic ?

AG : On ne retrouve jamais quelqu’un de la trempe, de la qualité, de la notoriété de Nicolas Hulot. C’est exceptionnel d’avoir autant de qualités réunies en une seule et même personne. Cela n’est jamais arrivé. Si même Nicolas Hulot n’y arrive pas, c’est qu’il faut vraiment réformer ce ministère. Il est dommage qu’il n’ait pas été ce vice-Premier ministre, alors même que je sais que cela a été envisagé par le chef de l’État.

RSEDN : Pourquoi ce poste n’a-t-il finalement pas été créé ?

AG : Pour de soi-disantes questions de constitutionnalité. Cette raison est de mon point de vue fausse. Et ce d’autant plus que nous sommes à la veille d’une réforme de la constitution. La mesure la plus importante n’est pas d’inscrire le climat dans la constitution. Mais de créer cette fonction de vice-premier ministre.

RSEDN : Qu’attendez-vous de Nicolas Hulot sur cette question ?

AG : Que dès aujourd’hui ou au moment de son départ il acte le fait qu’il faut réformer cette fonction si l’on veut que l’écologie devienne centrale.

RSEDN : Que portez-vous à son actif ?

AG: Sa conception de l’écologie est excellente. Il a réussi à sortir l’écologie de l’ornière anti-capitaliste dans laquelle elle était et à mettre en exergue le fait que les entreprises peuvent et doivent s’engager sur le sujet. On lui doit la fin du projet de Notre-Dame des Landes alors même que le Président de la République et le Premier ministre y était favorable pendant la campagne électorale. Mais est-ce suffisant ? Non. On attendait beaucoup plus de sa part.

RSEDN : Sur quels points vous a-t-il déçu ?

AG : D’abord la multiplication de rapports, de plans, de feuilles de routes, etc. Il faut sortir de ce genre d’exercices et devenir plus concrets. Sur l’économie circulaire ensuite. La feuille de route qui vient d’être publiée est décevante. Or s’il y a bien sujet sur lequel le champ des possibles est ouvert, c’est bien celui-là. Le document publié est incompréhensible tant il y avait moyen de bien faire.

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