Hélène Valade : "se pencher sur les nouveaux dilemmes de l’entreprise" (Orse)

helene valade suez

L’Orse a fixé ses priorités pour 2019. L’observatoire de la RSE mettra l’an prochain l’accent sur le développement d’outils au service de ses membres afin de les aider à s’adapter aux nouvelles réglementations sur le point d’entrer en vigueur. Des outils qui doivent aussi leur permettre de répondre aux exigences de leurs investisseurs et de leurs parties-prenantes, comme l’explique Hélène Valade, la présidente de l’Orse (en accès libre).

RSEDATANEWS : Vous avez pris vos fonctions à la tête de l’Orse le 5 juin dernier. 6 mois après votre arrivée, quel diagnostic posez-vous sur votre organisation ?

Hélène Valade : l’Orse se porte bien. Pour en être certain, nous avons lancé auprès de nos membres une enquête. Le taux de réponse a été élevé (91 réponses, NDLR). Les résultats de ce sondage montrent que le taux de satisfaction est de 98 %. Le sérieux de l’Orse, notamment au travers de ses publications est reconnu. Et nous avons profité de cette consultation pour savoir quelles sont les nouvelles attentes de nos membres.

RSEDN : Vous êtes-vous appuyé sur cette enquête pour fixer les priorités de l’Orse pour 2018 ?

H. V : Oui mais pas seulement. Nous nous appuyons aussi sur les travaux d’un comité de prospective récemment mis en place par le conseil d’administration.

En 2019 et au premier semestre 2020, notre première priorité sera d’aider nos membres à s’adapter aux nouvelles réglementations comme la loi PACTE, la loi sur le devoir de vigilance, la Loi Sapin II… Il s’agit à la fois de les aider à se mettre en conformité avec ces lois mais également de la capacité de les utiliser pour accélérer la transformation des entreprises. C’est d’ailleurs cette alchimie entre réglementation et démarches volontaires qui caractérisent la RSE à la française. La loi PACTE ou celle sur le devoir de vigilance n’auraient pas vu le jour si les entreprises n’avaient pas adopté volontairement des démarches responsables au préalable.

Il existe aussi une demande très forte de nos membres d’un échange de bonnes pratiques dans le but de rédiger leur déclaration de performance extra-financière (DPEF, voir notre article ci-dessous, NDLR) dont les contours sont aujourd’hui très flous. Nous organisons une première réunion le 17 décembre sur le sujet.

Nous allons ouvrir des travaux sur l’écriture de la raison d’être de l’entreprise qui sera instauré par la loi PACTE afin que notre référentiel soit prêt lorsque la loi sera promulguée. Nous consulterons des acteurs qui ont déjà commencé à travailler sur cette question comme la Camif ou Danone.

Nous voulons également travailler sur la mise en œuvre de la RSE au sein même des entreprises. La bataille des idées est gagnée. En revanche, il reste beaucoup à faire pour inscrire ces sujets de responsabilité dans les processus de des entreprises. Comment, par exemple, mettre en place une véritable comptabilité carbone qui change la donne en matière de politique d’investissement. Ou bien encore l’inscription des principes de la RSE dans les processus RH des entreprises : à cet égard, nous allons continuer à mettre le projecteur sur les nouveaux pères, qui sont peut-être le vecteur le plus efficace de l’égalité professionnelle, et sur les salariés aidants, qui incarnent concrètement une vision plus sociale de l’entreprise. Car nous ne pouvons pas proposer un nouveau programme sans prendre en compte l’actualité douloureuse d’aujourd’hui : nous travaillerons sur l’engagement social de l’entreprise et sur sa responsabilité territoriale en analysant nos pratiques et en consultant les experts académiques. Et puis nous allons aussi nous pencher sur les nouveaux dilemmes de l’entreprise.

"Le dilemme, c’est le stade qui précède la controverse"

RSEDN : Comment définissez-vous ces nouveaux dilemmes ?

H.V : il s’agit d’une situation contradictoire dans laquelle se trouvent certaines entreprises. Le dilemme, c’est à nos yeux le stade qui précède la controverse. Les audits sur le devoir de vigilance, qui sont actuellement menés, donnent parfois des résultats qui posent la question suivante : face à un sous-traitant aux mauvaises pratiques, faut-il cesser de travailler avec lui ou bien faut-il entamer un dialogue pour le faire évoluer ? Autre exemple, celui du dessalement de l’eau de mer : la disponibilité de l’eau potable est en enjeu RSE. Mais cette technologie est très gourmande en énergie. Où placer le curseur de la responsabilité ? Nous voulons aider les entreprises à formuler ces dilemmes et les inciter à engager le dialogue avec les parties prenantes sur ces sujets. Le temps de la cohérence est venu.

RSEDN : quels sont les outils que vous mettez à la disposition de vos membres ?

H.V : Rien ne remplace le contact direct, physique. C’est la raison pour laquelle nous organisons des réunions de travail à huis clos afin d’échanger sur les bonnes pratiques. Nous produisons des notes de décryptage, particulièrement utiles en ces temps d’actualités chargées. Et puis nous voulons faire rencontrer à nos membres des personnalités inspirantes comme la philosophe Cynthia Fleury. Il est important de nourrir notre imaginaire. Et puis nous mettrons en 2019 toute notre énergie à promouvoir le dialogue entre les différents acteurs, le monde de la finance et les émetteurs, les directeurs financiers, les DRH, les partenaires sociaux et les Directeurs RSE.

RSEDN : Sur quel sujet le club finance de l’Orse va-t-il plancher prioritairement l’an prochain ?

H.V : Avec Jérôme Courcier et Michel Laviale, nous avons décidé de mettre l’accent sur la finance inclusive, sur le lien entre finance et climat et sur l’évolution des critères ESG. Les investisseurs et les agences de notations extra-financières ont des attentes désormais plus élevées.

RSEDN : L’Observatoire de la RSE porte-t-il encore bien son nom ? Vous semblez désormais plus acteur qu’observateur...

H.V : Pour être acteur, il faut savoir observer. Le monde va très-vite. La capacité à déchiffrer et à réfléchir en profondeur est précieuse. Ce qui ne nous empêche pas d’être partie prenante. Comprendre et agir, c’est cela la véritable identité de l’Orse.

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