Climat : le secteur privé désormais seul en première ligne

COP24-pollution

La COP24 s’est achevée sur un constat cinglant. Alors que le GIEC a lancé un signal d’alarme sans équivoque en octobre dernier, les gouvernements réunis en Pologne ont refusé de revoir à la hausse leurs ambitions climatiques, pourtant largement insuffisantes. Devant le cataclysme qui vient, le secteur privé apparaît désormais comme l’un des derniers moteurs face à la catastrophe. Éditorial (en accès libre).

Ne nous trompons pas. Le message délivré par les gouvernements réunis à Katowice, en Pologne, à l’occasion de la COP24, est d’une extrême gravité. Si l’on prend la peine de dissiper le brouillard répandu complaisamment par les communicants officiels, il pourrait être ainsi résumé : nos élus, incapables de penser le long terme, ne sont définitivement pas à la hauteur de l’enjeu climatique.

Une assertion simple à vérifier. Alors que les scientifiques du GIEC nous donnent collectivement 11 ans pour réduire de 55% nos émissions de gaz à effet de serre, les délégations présentes en Pologne jusqu’au 14 décembre ont refusé de revoir à la hausse leurs ambitions de réduction. Les engagements actuels - quand ils sont respectés - nous portent à un réchauffement de + 3,5 degrés d’ici la fin du siècle. L’année 2018, la plus chaude de l’histoire en France, a été meurtrière. Les événements climatiques extrêmes s’étant multipliés, le nombre de morts et le montant des dégâts n’ont jamais été aussi élevés.

Anxiété faute d’alternatives

Si quelques pays sortent du lot – l’Espagne, les nations scandinaves, le Costa Rica – ce n’est pas le cas des plus gros pollueurs du monde : les États-Unis, La Chine et l’Inde en tête mais aussi l’Allemagne et ... la France, dont les rejets de CO2 ont augmenté l’an dernier. Aucun des ministres du gouvernement français n’a en particulier jugé bon d’être présent lors de la dernière ligne droite des négociations en Pologne alors même que se discutaient les conditions d’applications de l’Accord de Paris. L’Union européenne est, elle aussi, aux abonnés absents, tant sur la scène internationale que sur la définition et la mise en œuvre d’une économie décarbonée. Faut-il regretter les plans quinquennaux étatiques, devant le constat de carence de grands plans d’investissement dans des infrastructures durables, de mobilités partagées, d’accompagnement social de la transition ? 

Face à ce renoncement généralisé des personnels politiques – qui seront comptables devant l’histoire et peut-être aussi devant la justice dans un avenir proche – le secteur privé se retrouve en première ligne de ce combat. Seul ou presque. 

Les entreprises, transnationales, PME ou de taille intermédiaires ne peuvent plus faire l’impasse sur le sujet. Que cela plaise ou non, ce sont désormais elles qui ont les mains sur les leviers de commandes. Pour être durable, leur modèle économique devra être compatible avec un scénario 2 degrés. Investisseurs, chefs d’entreprises, entrepreneurs doivent désormais se poser a priori la question de la soutenabilité de leur business model sur le même plan, à égalité avec celui leur rentabilité future. Car il est certain maintenant objectivé qu’un climat se réchauffant au-delà de +2°C n’est plus ni stable socio-économiquement, ni même assurable.

Maturité concurrentielle

En face des acteurs économiques, la société civile est soumise à des injonctions anxiogènes faute d’alternatives crédibles. Et devant la carence du politique, cette dernière maintiendra de plus en plus sous pression les seuls acteurs restant en lice : les décideurs économiques. Les ONG environnementales et sociales, au delà du plaidoyer, se dotent de compétences nouvelles pour décrypter comment le business as usual d’aujourd’hui se projette vers des modèles d’affaires de demain. Ces modèles doivent dès à présent démontrer, au delà d’un reporting annuel statique, comment ils projettent d’être responsables et décarbonés. C’est à dire d’être en mesure d’identifier – et de restituer aux analystes et à leurs parties prenantes – qui seront leurs clients et quels cash-flows durables ils réaliseront : c’est là que se situe pour l'entreprise le véritable enjeux concurrentiel des 15 années à venir. 

C’est maintenant l’heure de la maturité pour les politiques RSE : une maturité qui passe par l’intégration complète des critères ESG dans les modèles d’affaires et les projections de revenus des acteurs privés. Y compris ceux qui, lorsqu’ils sont confiés au privé, jouent un rôle clé dans la paix sociale : éducation et formation, vieillesse et dépendance, logement, numérique, transports, santé, voire loisirs. Sans oublier le rôle crucial de la sphère financière : épargne, assurance, prévoyance et retraite doivent penser l’avenir des citoyens à long terme, ainsi que le financement de la transition bas carbone pour les entreprises. L’intégration sans couture de critères ESG dans le risque crédit, dans la politique de placements des institutions financières privées, et dans le devoir fiduciaire lui-même doit devancer sans attendre l’hypothétique injonction des régulateurs. 

 

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