Réussir son projet de mesure d'impact social

SIBIEUDE Thierry

Un projet de mesure d'impact social réussi repose sur plusieurs étapes incontournables. Les clés avec Thierry Sibieude, professeur titulaire de la Chaire d’Entrepreneuriat Social à l’ESSEC (en accès libre).

De plus en plus incontournables pour les acteurs de l'ESS, les projets de mesure d'impact social rencontrent souvent des difficultés pratiques lors de leur mise oeuvre. Thierry Sibieude, professeur titulaire de la Chaire d’Entrepreneuriat Social à l’ESSEC, nous donne quelques clés pour réussir un projet de mesure d’impact social efficace.

Nécessité ou conviction

Entreprises sociales, entreprises classiques menant des projets RSE, associations ou encore financeurs : par nécessité ou conviction, les acteurs de l’ESS s’intéressent de plus en plus aux démarches de “mesure d’impact social”. Les organisations menant des missions sociales, d’un côté, cherchent à évaluer l’impact qu’ont leurs activités sur leurs bénéficiaires pour valoriser et améliorer leurs actions et attirer des ressources financières. Les financeurs publics ou privés, d’un autre côté, doivent choisir qui soutenir et où investir dans un secteur de l’ESS en plein essor : la plus-value économique doit alors être assortie d'une plus-value sociétale (sociale et/ou environnementale).

Mais mesurer l’impact social d’une organisation n’est pas chose aisée. Est-il vraiment possible d’identifier le rôle d’une organisation donnée dans un changement sociétal auquel de nombreux acteurs ont contribué ? Une entreprise sociale cherchant à tout prix à objectiver et quantifier financièrement des impacts sociétaux pour attirer les financeurs ne risque-t-elle pas de s’éloigner de sa mission historique?

L’évaluation ne remplace pas l’action

Une organisation cherchant à prouver l’efficacité de ses activités peut le faire à plusieurs niveaux. Tout d’abord, avec des indicateurs de moyens (mobilisation de ressources humaines, monétaires, etc.). Ensuite, avec des indicateurs de suivi permettant de vérifier, dans un premier temps, que les actions ont bien été réalisées et, dans un second temps, qu’elles ont permis d’atteindre les résultats immédiats attendus. Enfin, la mesure d’impact permet d’aller un cran plus loin en prenant en compte les impacts indirects des activités et en projetant ces dernières dans le temps.

Lorsque l’on parle de mesure d’impact social, c’est à cette dernière étape que l’on fait référence : quels sont les impacts au sens large des actions menées par la société sur son environnement ? La mesure d’impact social est l’étape la plus avancée (et la plus complexe) de l’évaluation des activités : c'est donc au niveau stratégique que l’organisation doit déterminer si cette mesurer d’impact est pertinente et faisable. Pour cela, elle doit d'abord définir ses objectifs : cherche-t-elle à répondre aux exigences de financeurs ? à communiquer sur ses activités ? à analyser et améliorer ses actions ? ou encore à mobiliser ses collaborateurs ? S'il y a plusieurs axes, quel est le poids de chacun ?
L'organisation doit ensuite déterminer quelles sont ses ressources disponibles en termes de temps, de compétences, de budget, etc pour mener à bien cette évaluation, et évaluer le scope du projet à l'aune de ses ressources.

Enfin, l’évaluation doit être considérée comme un outil et non comme une finalité en soi. Une organisation ne doit pas revoir ses activités à la baisse si l’évaluation de son impact social semble trop complexe au premier abord. L’essentiel est d’abord d’agir et, lorsqu’on se lance dans l’évaluation, de le faire dans une approche pragmatique (quitte à ne pas être exhaustive) et pérenne (pour assurer un suivi des mesures dans le temps).

Les questions plutôt que les résultats

Mesurer son impact social, ce n’est pas seulement appliquer un certain nombre de techniques. C’est surtout une démarche permettant de dialoguer avec les parties prenantes pour maximiser son impact social. Une fois les objectifs de la mesure d’impact social identifiés, il faut déterminer le périmètre de l’évaluation. Qui sont les bénéficiaires des activités de l’organisation ? Comment sont-ils affectés (en bien ou en mal) par ces activités ?

La détermination du périmètre de la mesure d’impact social est une bonne occasion pour l’organisation de revenir à sa mission historique. Il peut être intéressant pour l’organisation d’établir ou de revenir à sa propre théorie du changement : par quel processus les activités de l’entreprise sont-elles censées résoudre le problème sociétal identifié ?

Pour chaque étape du processus, l’organisation peut alors identifier toutes les personnes qui sont affectées par ses actions : ses parties prenantes. Le dialogue avec les bénéficiaires ciblés directement par l’organisation peut souvent permettre d’identifier de nouvelles parties prenantes, bénéficiant des activités menées de façon indirecte.

En mettant en relation, pour chaque étape du processus, les impacts qu’ont les actions de l’organisation sur chaque partie prenante retenue, l’organisation peut établir une cartographie de ses impacts sociétaux.

Pour chacune de ces trois étapes (élaborer la théorie du changement, définir les parties prenantes, cartographier les impacts), la plus-value réside en grande partie dans les questions posées et les procédés mis en place pour obtenir les réponses plutôt que dans les réponses elles-mêmes. En effet, ces dernières changeront probablement au cours du temps avec l’évolution des activités de l’organisation. Il est donc crucial d’établir d'emblée des processus réplicables de mesure d’impact pour mesurer l’évolution des activités au cours du temps. L’implication des parties prenantes identifiées comme pertinentes lors de la mesure d’impact est aussi essentielle, non seulement pour adapter de façon agile l’évaluation à la réalité, mais aussi pour susciter l’adhésion autour de cette évaluation et des décisions qui en découleront.

Adopter une approche pragmatique

Une fois l’évaluation cadrée, il reste encore à la structurer. La méthode choisie doit être alignée avec les objectifs de l’organisation. Une organisation cherchant à prouver la pertinence de sa mission sociale mesurera plutôt son impact social de façon qualitative, en formant des groupes de discussion avec les parties prenantes ou en réalisant une étude sociologique. Une organisation voulant démontrer l’efficacité de ses actions utilisera plutôt des méthodes par indicateurs comme IRIS (Impact Reporting Investment Standards). Pour aller plus loin, une organisation souhaitant refléter l’efficience de ses activités pourra utiliser des méthodes de monétarisation, comme celle du SROI (Social Return On Investment). Enfin, si l’organisation veut aussi démontrer son impact final, elle pourra se baser sur des méthodes de comparaison entre ses bénéficiaires et un groupe témoin (notion de poids mort).

La mesure d’impact social est complexe. Les actions d’une organisation pouvant avoir des conséquences sur une grande variété d’éléments, celle-ci devra donc en prioriser certains. De plus, il peut être complexe pour une entreprise d’établir un lien de causalité clair entre ses actions et un changement sociétal particulier. Ensuite, une partie de la mesure d’impact social repose sur des informations non tangibles (ce que les bénéficiaires pensent, ressentent) ou confidentielles (données sur la santé ou les conditions de vie des bénéficiaires). L’organisation doit donc adopter une approche pragmatique et accepter que sa mesure d’impact social ne soit ni exhaustive, ni complète, ni le reflet parfait de la réalité.

Piloter au delà du reporting

La méthode d’évaluation choisie doit donc être pragmatique : répondre aux objectifs de l’organisation tout en prenant en compte ses contraintes en termes de données disponibles, de temps, de compétences, de budget, etc. Plus que les résultats de l’évaluation à un moment donné, il est intéressant de comparer l’évolution des résultats au cours du temps et de se servir de la mesure d’impact social comme un outil de pilotage. Le projet ayant déterminé la pertinence et la faisabilité des mesures par rapport à la mission sociétale de l'entreprise, un bénéfice maximum sera atteint après plusieurs itérations, lorsque l'entreprise aura intégré les tableaux de bord de mesure d'impact à son pilotage stratégique et à ses relations avec ses parties prenantes.

Thierry Sibieude est licencié en Droit, docteur en géographie, professeur titulaire à la Chaire Entrepreneuriat Social de l'ESSEC. Il fonde en 1994 l’association La Clé pour l’Autisme qui gère des établissements médico-sociaux, et est administrateur de la Croix Rouge Française. Il est également Vice-président du Val d’Oise en charge de l’accueil et de l’accompagnement des personnes handicapées et de l’égalité des Chances (voir sa fiche ci-dessous)
La Chaire Entrepreneuriat Social de l'ESSEC, ce sont aussi plus de 120 entreprises sociales accompagnées dans leur création ou leur changement d'échelle avec l'incubateur social Antropia, des publications de référence sur le Business Plan social, la mesure de l'impact social ou le changement d'échelle, des formations à l'attention des professionnels du secteur et aujourd'hui 7 MOOCs en ligne sur Coursera (voir les ressources en ligne via les liens ci-dessous)

 

LIENS DE L’ARTICLE

site web: Site web de la Chaire d'Entrepreuriat Social de l'ESSEC: http://entrepreneuriat-social.essec.edu/

site web: Chaire d'Entrepreuriat Social de l'ESSEC - Les MOOCs: http://entrepreneuriat-social.essec.edu/se-former-avec-nos-moocs

site web: Chaire d'Entrepreuriat Social de l'ESSEC - Ressouces : Guide de la mesure SROI - Carte des impacts: http://entrepreneuriat-social.essec.edu/entreprendre/mesurer-son-impact-social

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