Ouvrage : La nature politique de l'entrepreneur

DHUMIERES PATRICK

Patrick d'Humières, senior advisor chez EY et fondateur de l’INSTITUT RSE Management, milite dans ce nouvel ouvrage pour que les entreprises s'investissent d'une mission politique sur leurs responsabilités sociales et environnementales... (en accès libre)

La nouvelle RSE doit conduire les entreprises à penser leur rapport au monde en termes politiques. Une nécessaire réflexion qui leur permettra d’infléchir les modèles écono- miques d’une façon négociée entre leurs parties prenantes, les acteurs de la société civile et leurs actionnaires, ce au-delà d'une posture de justification qui crée de la confiance à peu de frais. Garder les contributions positives du progrès économique, tout en le faisant rentrer dans des logiques sociétales durables et responsables : c'est "la nature politique de l'entrepreneur".

Dans ce nouvel ouvrage - préfacé par Jean-Luc Petithuguenin, président de Paprec - , Patrick d'Humières revient sur les forces antagonistes de la mondialisation libérale et des efforts de régulation des marchés : une opposition que peine à arbitrer une société civile de plus en plus défiante sur la communication des entreprises et tentée par le repli protectionniste. Dans les nécessaires révolutions de la décarbonation, de la mobilité, des politiques sociales, les grandes entreprises (et les grandes métropoles) seront les acteurs les plus agiles et les plus attendus. Pour leur part, c'est en entrant dans ce nouveau dialogue que les états et les régulateurs éviteront d'être relégués dans un rôle d'arrière-garde qui n'assurerait qu'avec retard un socle minimum. 

L'entreprise du XXIème siècle ne peut plus être une organisation autonome avec pour but de conserver un maximum de liberté pour maximiser leur profit, mais doit évoluer vers une organisation soucieuse de participer à l'organisation "des inter-relations vont lui assurer de durer, de prospérer et de viabiliser le système auquel elle appartient". Un nouveau rôle de co-contruction du monde que les Etats ont peiné à penser jusqu'aux accords de Paris en 2015, et qui accepte l'idée que "chaque entreprise porte sa part dans la bonne ou mauvaise régulation de son marché". Les entreprises sont maintenant interpellées sur leur capacité à influencer leur écosystème vers un état plus stable, collaboratif et prospère, c'est à dire à "pacifier la croissance".

C'est une dimension géopolique qu'introduit cet ouvrage : la durabilité de l'entreprise passe par sa santé économique mais aussi par la façon dont elle opère, et si les 17 Objectifs de développement durable (ODD) sont devenus autant d'enjeux systémiques à l'échelle du monde, ce sont autant d'externalités qui s'accumulent et doivent être traitées dans la construction d'un nouvel ordre plutôt que d'être passées en pertes et profil dans les comptes de résultats.

L'intérêt général ne tombe plus seulement d'en haut, réaffime l'auteur qui démontre dans la suite de l'ouvrage que les organisations ne réussiront pas à l'écart de la société, et pourquoi leurs dirigeants doivent s'acculturer au tissage d'un réseau d'accords voire de "contrats parties prenantes" tant à l'échelle mondiale que locale, qu'avec la société d'en bas, leurs marchés, et les régulateurs. "La responsabilité n'est pas la neutralité", mais au contraire le fondement d'une pensée managériale durable qui doit intégrer pleinement sa dimension politique. 

Propos recueillis par Pierre Sidem (@pierresidem)

Ouvrage - La Nature politique de l’entrepreneur
Editions Michel de Maule - 256 pages - 20€

Patrick d’Humières est consultant, expert dans les relations Entreprises et Société; spécialiste du management de la RSE et du développement durable. Actuellement Senior advisor chez EY, fondateur de l’INSTITUT RSE management, directeur des Master Classes 21 (forma- tion exécutive de l’École Centrale). Il a publié : Les Pionniers de l’entreprise responsable (Eyrolles,1993), Le Management de l’entreprise responsable (éditions d’Organisation, 2005), Le développement durable va-t-il tuer le capitalisme ? (Maxima, 2010). 

 

 

   

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