L'association MR21 veut repenser le management responsable

MR21

La deuxième conférence annuelle du Forum MR21 veut repenser le rôle des managers dans la RSE en s'appuyant sur son enquête auprès de 100 praticiens en entreprise... (en accès libre)

Créé en 2016 avec Generali afin d’organiser un lieu d'échange des bonnes pratiques et de mettre en réseau les managers qui souhaitent s’engager dans la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE), le réseau MR21 a organisé le 26 juin 2017 son deuxième Forum du Management Responsable. Le forum a eu lieu dans les locaux de BPI France, qui a annoncé pour l’automne la publication des résultats de sa propre enquête sur l’efficacité économique (quantifiée) qui résulte des politiques RSE en entreprise. MR21 a présenté les résultats de sa propre enquête annuelle « Quels leviers d’action pour promouvoir demain un management plus responsable ? », et récompensé deux entreprises lauréates du prix MR21 du management responsable. 

Intégrer le management de la RSE dans son entreprise

L’enquête annuelle du MR21 a été menée pendant le mois de mai 2017 auprès d’une centaine de répondants, généralement des managers déjà engagés dans des actions de RSE. Seulement 20% d’entre eux déclarent qu’une politique RSE a été formalisée dans l’entreprise. Pourtant, le constat général est positif : les politiques RSE sont perçues comme utiles, et sont de mieux en mieux connues par les salariés, notamment dans les PME.  Les répondants ont identifié trois principaux leviers d’action :

  1. La volonté et l’exemplarité de la direction générale;
  2. Des dispositifs de dialogue et d’innovation;
  3. La pression des collaborateurs (salariés), notamment de la part des nouvelles générations.

Cependant, les entreprises comptent encore sur des solutions « corporate » interne à l’entreprise, et sont encore réticents à faire appel aux parties prenantes externes (ONG, clients et fournisseurs, société civile, collectivité locales, etc.) pour se confronter à un point de vue extérieur. Néanmoins, Agnès Rambaud-Paquin, fondatrice de Des Enjeux et des Hommes et présidente de la Commission Développement Durable et RSE dans le syndicat Consult’in, reste optimiste : le conseil en RSE se développe, et les équipes dédiées à la RSE dans Consult’in France sont plus fournies.

Selon l’enquête, les interlocuteurs RSE dans une entreprise seraient principalement l’équipe Développement Durable et RSE de l’entreprise, et le manager "N+1". Mais un collaborateur sur cinq déclare ne pas savoir à qui s’adresser au cas où elle rencontre un problème qui relève de la RSE - de façon étonnante, le responsable des ressources humaines arrive seulement en troisième position. En tant que présidente de la Commission RSE à l’Association Nationale des DRH, Brigitte Dumont (aussi Directrice RSE chez Orange) explique ce retrait par une certaine "autocensure des DRH" qui se maintiendraient dans un rôle d’accompagnement, pensant avoir peu de poids vis-à-vis de la direction financière, du comité exécutif ou du comité de direction. Pourtant, ils peuvent avoir une position stratégique pour remettre en question les pratiques managériales de leurs pairs, ayant notamment un rôle de conseiller-métier, et s’occupant des formations et des primes de rémunération.

Repenser le management responsable

L’association MR21 fait une distinction fondamentale : le management de la RSE n’est pas automatiquement un management responsable. Le management de la RSE sous-entend que le manager est le relais de la politique RSE dans une entreprise, mettant en œuvre telle ou telle action. Il peut très bien ne pas pratiquer un management « responsables » vis-à-vis de ses collègues. Le management responsable implique notamment la notion de qualité de vie au travail. La RSE est alors un « ouvre boite pour repenser le management » selon Patrick d’Humières, président de MR21. Les intervenants se sont accordés sur la nécessité de revoir les pratiques de management, voire de « retourner aux fondements du management », qui ne devraient plus tourner autour de l’intérêt des actionnaires : le manager doit rééquilibrer son management en faveur des intérêts des clients, des actionnaires, des salariés et de l’environnement (via la RSE).

Des leviers pour accélérer la mutation du management

Quels sont les leviers d’action pour accélérer la mutation du management vers un management plus responsable ? En effet la volonté et l’exemplarité de la direction générale sont en effet nécessaires, mais pas toujours suffisantes.

Les managers peuvent être formés et sensibilisés via des critères de recrutement, un meilleur contenu des formations à la RSE et des incitations salariales. Selon l’enquête de MR21, la RSE est encore peu abordée lors des recrutements, mêle si elle l’est plus dans les PME. Seulement 20% des managers ont été formés à la RSE de façon concrète, adaptée au cœur du métier. Enfin, les critères RSE entrent rarement en compte dans les évaluations, et encore moins dans les rémunérations. Blanche Segrestin, Professeur aux Mines ParisTech va plus loin : le salaire trop élevé d’un manager peut nuire à sa crédibilité vis-à-vis des politiques RSE, et l’entreprise devrait réinvestir une partie de ses bénéfices dans un projet social ou environnemental.

Autre axe de progrès : le dialogue social et le partage des informations ont été mis en avant, notamment via la restauration d’un dialogue social moins conflictuel. D’après Eric Lombard, Président d’EuropAssistance, la signature d'un accord pour une plus grande flexibilité des temps et lieux de travail (télétravail) a permis de faire baisser le taux d’absentéisme.

Enfin, redonner du sens au travail : Loïc Hislaire, ex DRH à la SNCF et auteur de « Le Triangle du Manager » se concentre sur l’instauration d’un « triangle des fiertés ». Les collaborateurs doivent être fiers de leur entreprise et d’eux-mêmes. Pour cela, le manager peut laisser une certaine place à l’innovation et à des « cellules créatives » au sein même de l’entreprise, à contre-courant d’une culture de la peur de l’échec.

Deux entreprises lauréates

Deux entreprises ont été récompensées pour leur qualité de management RSE. Dans la catégorie PME (moins de 250 salariés), l’agence de communication interne et événementielle Sagarmatha, représentée par Christophe Larrenduche. Elle associe ses collaborateurs à la gouvernance, en intégrant au comité de direction (rebaptisé « Sag Board ») deux personnes tirées au hasard parmi un groupe de salariés auto-désignés dans les antennes de Lyon et de Paris.

Dans la catégorie des entreprises de plus de 250 salariés, l’entreprise de production d’encre Armor, représentée par Annabelle Guillet. L’entreprise a développé depuis 2011 des formations diplômantes (reconnues par l’Etat, système d’entreprise certifiante) pour les salariés qui souhaitent valider leurs acquis et évoluer dans leur métier. Ces formations sont aussi ouvertes aux acteurs du territoire issus d’autres entreprises.

 

 

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