La RSE devient une condition essentielle d'accès aux marchés

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Interdiction d'Uber à Londres, ghost-writing de Monsanto : les entreprises dans le déni de leurs responsabilités sociétales se voient clouées au pilori ou interdites d'opérer. Co-construction plutot qu'évasion seront bien les clés de succès à l'avenir pour les entreprises responsables ... (en accès libre)

Des signaux de plus en plus audibles : assumer ses responsabilités sociétales de manière crédible devient une condition sine qua non pour toute entreprise qui souhaite se développer sur son marché. Le rappel à la réalité peut être brutal : la licence d'exploitation d'Uber vient de lui être retirée sans préavis par la ville de Londres, qui accuse l'entreprise d'avoir failli à ses obligations de sécurité envers ses passagers. Un coup dur qui déplace le terrain habituel de l'opposition à un nouvel entrant comme la concurrence déloyale, les conditions de travail ou le dumping : cette fois, c'est une collectivité dotée de pouvoirs de régulation qui a jugé que l'entreprise ne satisfaisait pas aux exigences de sécurité qui s'imposent à tout opérateur de transport. En effet, Uber tente de limiter son rôle en se présentant comme une plateforme de mise en relation entre ses 40.000 chauffeurs - propriétaires de véhicule indépendants londoniens et des clients ayant besoin de se déplacer. La municipalité estime au contraire avoir un droit de regard sur le fonctionnement de l'entreprise (donc de ses chauffeurs indépendants-mais-affiliés tout en étant non-salariés) qui doit coopérer avec les autorités pour assurer la sécurité des voyageurs. L'étau se resserre, car les garanties demandées par Londres supposent que l'entreprise forme et supervise ses chauffeurs ... comme des salariés, avec comme alternative que cette supervision soit assurée directement par Londres comme elle le fait pour ... les taxis, profession réglementée ! L'ubérisation marque-t-elle la faillite des professions réglementée et de leurs régulateurs, la victoire annoncée du salariat, ou alors suscitera-t-elle une remontée des standards RSE dans cette économie 2.0, comme le propose Taxify, le concurrent estonien d'Uber qui veut s'implanter à Paris avec le soutien du chinois Didi en revendiquant un mieux-disant social pour ses chauffeurs ? Le numérique était le grand absent du débat, le voilà sous le feu des projecteurs (lire ci-dessous).

Autre syndrome : les Monsanto Papers. Comme Exxon ou récemment un assureur australien sur le réchauffement climatique (lire ci-dessous), il est maintenant établi que la firme a sciemment adopté une attitude de déni sur la nocivité du glyphosate. En exerçant un lobbying intense y compris en ayant recours au ghost-writing (une pratique consistant à faire endosser un rapport pré-écrit favorable par une caution scientifique en échange d'avantages), la firme se décrédibilise y compris auprès des autorités qui régissent son marché et décrédibilise la filière de l'industrie chimique avec elle. Sans compter les opinions publiques et les ONG, comme le montre le comme l'a montré le vote "dur" du Parlement européen du 4 octobre dernier contre les propositions de la Commission concernant les perturbateurs endocriniens et la révision entachée de dérogations du règlement sur les pesticides de 2009. C'est aussi l'exemple d'un lanceur d'alerte, un scientifique indépendant qui a dénoncé les manoeuvres de Monsanto dans une lettre le 28 mai dernier auprès du président de la Commission Européenne, Jean-Claude Juncker. Et ce dernier, touché à l'époque en tant que premier ministre par les scandales financiers du Luxembourg, vient de donner un blanc-seing à la commissaire Européenne Margrethe Vestager pour investiguer les nombreux rescrits fiscaux (des accords de gré à gré) entre multinationales et quelques états européens généreux sur l'impôt sur les sociétés (Irlande, Pays-Bas, Luxembourg, Malte), qui pourraient conduire à la récupération rétractives par leurs administrations de ces avantages en requalifiant ces accords d'illégaux. Les opinions publiques y sont de plus en plus sensibles et sont aussi un moteur pour que le régulateur agisse. BEPS, ACCIS ou imposition sur le chiffre d'affaires européen ? C'est en tout cas une "une imposition juste de l'économie numérique" qui devra être mise en place (lire ci-dessous). 

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