Des comptes à terme solidaires pour garantir le financement des entrepreneurs

ADIE CAISSE-SOLIDAIRE

La Caisse Solidaire et l'Adie s'allient pour faciliter l’accès aux prêts à la création d'entreprise grâce à un compte épargne solidaire. Un partenariat inédit pour mettre le pied à l'étrier d'entrepreneurs souvent isolés et qui n'ont pas la solidité financière nécessaire pour obtenir des prêts bancaires classiques... Entretien avec Julien Fortin et Marie Degrand-Guillaud (en accès libre).

La Caisse Solidaire et l'Adie s'allient pour permettre l’accès à des prêts à la création d'entreprise grâce à un "compte épargne solidaire" - une appellation commerciale qui repose sur un compte à terme utilisé comme garantie de prêt. Un partenariat inédit pour mettre le pied à l'étrier d'entrepreneurs qui n'ont pas la solidité financière nécessaire pour des prêts bancaires classiques, avec un montage classique : l'entrepreneur dont le projet aura été sélectionné par l'Adie pour un accompagnement verse une épargne sur le compte à terme proposé par l'Adie mais tenu par la Caisse Solidaire, qui vient garantir en nantissement le prêt de micro-crédit consenti par l'Adie après sélection : chaque euro épargné permet de libérer quatre euros de micro-crédit. En fin de parcours, après remboursement du prêt par l'activité nouvellement créée, l'épargne du compte reste acquise à son souscripteur, étant ainsi disponible comme apport initial pour de nouveaux projets de développement, pour lesquels il peut aussi justifier d'un historique de crédit satisfaisant. "Un circuit court financier qui se veut pédagogique pour l'entrepreneur-épargnant", explique Julien Fortin, directeur du Développement de la Caisse Solidaire. "Faute d'une caution classique, nous ne pouvions financer tous les créateurs d'entreprise que nous souhaitions: nous cherchions une solution pour ne pas passer à côté de projets intéressants", ajoute Marie Degrand-Guillaud, directrice Marketing de l'Adie.

Ce compte à terme est pour l'instant proposé en "marque grise" par la Caisse Solidaire à l'Adie qui en assure la distribution après étude des projets de ses propres clients - entrepreneurs, avec un modèle économique de joint-venture / profit sharing entre les deux entités basée sur le partage de la marge d'intermédiation sur le portefeuille selon le nombre de dossiers : un système simple qui permet aussi d'éviter des mélanges ou interférences sur l'appréciation des risques. 

Expérimenté depuis début 2015 et déployée depuis mars 2016, ce compte épargne solidaire connaît des débuts prometteurs avec un peu plus de 350 comptes épargnes solidaires ouverts sur 2016, et autant d'ouvertures durant les 6 premiers mois de 2017. Après une phase de conception du produit pour bien intégrer les processus entre ces deux organisations "agiles", un gros effort de co-construction et de déroulement des formations destinées aux 120 agences (250 salariés, plus les bénévoles qui instruisent aussi les dossiers de crédit) de l'Adie a été mené pendant six mois par une équipe d'une dizaine de formateurs. Une étape indispensable pour intégrer l'apport d'une épargne initiale dans la boîte à outils du porteur de projet, qui comprenait déjà une pédagogie sur l'accompagnement des créateurs et le budget prévisionnel du projet. Une bonne façon aussi d'évaluer l'entourage du porteur de projet qui, s'il est convaincu, aidera le créateur à réunir la somme et créer un cercle de "loyauté". 

"Une grande partie des entrepreneurs sélectionnés (44%) sont des bénéficiaires du RSA, et les hommes de plus de 50 ans sont légèrement sur-représentés par rapport aux autres clients de l'Adie", indique Marie Degrand-Guillaud,  "pour un montant de prêt de 2700€ en moyenne contre 3800€ pour nos autres prêts". Des différences avec les profils habituellement financés par l'Adie qui s'expliquent par des prêts plafonnés à 6000€ pendant la phase d'expérimentation du projet, que l'Adie ouvre actuellement vers son montant maximum de 10.000€, mais aussi par des facteurs qualitatifs : les cinquantenaires sont davantage détenteurs d'épargne, et les hommes (68% au lieu de 57%) sont moins enclins à demander une caution à leur entourage pour des raisons culturelles par exemple. 

Un succès qui pourrait ouvrir la voie à d'autres partenariats pour la Caisse Solidaire, mais surtout à un enrichissement de l'offre en y ajoutant une brique de crédit lui aussi distribué de manière innovante : contrairement aux déposants d'une banque classique qui agrège les dépôts pour les adosser de manière non fléchée à un portefeuille de prêts, la Caisse Solidaire - , qui attire une clientèle d'épargnants "affinitaire" et souvent déjà utilisatrice de micro-dons (lire notre article ci-dessous), de crowdfunding ou active dans le monde associatif - serait ainsi en mesure de proposer à ses clients une transparence sur l'affectation de leur épargne à des prêts finançant des projets à impacts positifs.

Une solution d’impact investing complémentaire et rassurante pour les épargnants, car la Caisse Solidaire bénéficie de la garantie bancaire sur les dépôts, contrairement aux alternatives proposées par le crowdlending (prêts non garantis) voire le crowdfunding (qui est un investissement en equity donc avec un risque en capital), insiste Julien Fortin. 

De son côté, l'Adie - qui ne peut réglementairement collecter d'épargne pour adosser ses prêts et s'est l'an dernier refinancée grâce à un titre associatif - réfléchit à une évolution du dispositif pour aller vers un véritable "livret" qui, contrairement au compte à terme actuel, peut être abondé (ou utilisé) en cours de vie. 

La Caisse Solidaire est un établissement de crédit spécialisé, à statut coopératif, agréé « Entreprise Solidaire d’Utilité Sociale » (ESUS). Elle collecte une épargne solidaire et garantie pour faciliter l'accès au crédit des TPE, PME, coopératives, associations, startups… qui ont un impact positif sur leur territoire. Les prêts qu’elle distribue sont complémentaires à ceux des réseaux bancaires et permettent aux TPE/PME de boucler leur plan de financement, de créer et de maintenir des emplois sur les territoires. L’établissement est né en 1997 d’un partenariat entre acteurs de la société civile, pouvoirs publics (Région Nord – Pas de Calais, La Caisse des Dépôts,…) et acteurs financiers (parmi lesquels le Crédit Coopératif et Autonomie et Solidarité, Les Cigales…). Outre ce partenariat avec l'Adie, la Caisse Solidaire est un partenaire des réseaux qui accompagnent et financent les entrepreneurs en France (France Active, 1001pact, les SCOP, …). Elle porte des innovations sociales et financières et conçoit des produits au service de l’économie réelle et des entrepreneurs sous le regard de son Comité éthique qui définit les orientations des prêts accordés, tout en prêtant une attention particulière à l'évaluation d'impact tout en "faisant levier", estimant que chaque euro prêté permet d'obtenir 3,30 euros de financement auprès d'autres financeurs.  

Créée en 1989 par Maria Nowak et actuellement présidé par Frédéric Lavenir, l'Adie accompagne 23.000 entrepreneurs en France et dans les DOM-TOM chaque année en accordant 19.400 microcrédits (2016) équivalant à la création de 12.000 emplois, soit près de 250 emplois par semaine. Présente aussi à l'international (Europe et bassin méditerranéen), l'Adie compte 120 antennes et 360 permanences en France animées par 500 permanents et 1300 bénévoles, et puise ses ressources de fonctionnement (hors refinancement) dans son Fonds de dotation qui rassemble 2800 donateurs particuliers et fondations et via des subventions publiques et privées. Elle a été signataire de l'un des premiers Contrats à impact social français fin 2016 avec BNP Paribas, Renault-Mobiliz, et AG2R pour l'aide au retour à l'emploi de personnes isolées en milieu rural (lire ci-dessous).

Propos recueillis par Pierre SIDEM

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