Climat : l’ONU change de ton dans un rapport très sombre

CLIMAT rapport PNUE 2017

Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) vient de publier un rapport très préoccupant sur le climat. Maintenir le réchauffement climatique sous les + 2°c d’ici la fin du siècle serait un objectif presque inatteignable. En adoptant un ton catastrophiste, l’ONU cherche à provoquer un électrochoc. Elle pousse aussi gouvernements et entreprises à prendre – enfin – leur responsabilités à quelques jours de la COP23 (en accès libre).

La communication des Nations Unies sur le climat avait habitué les observateurs à une espèce d’inquiétude ronronnante. Certes, le réchauffement climatique se matérialise sous nos yeux. Certes, les catastrophes naturelles qu’il provoque sont toujours plus violentes et destructrices. Mais jusqu’à présent, il était « possible de prendre un autre chemin ».

Ce mode de communication Onusien, un étrange mélange de méthode Coué et de pensée magique, a été remisé ce mardi 31 octobre. Dans un rapport long de 116 pages, le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) a dépeint un tableau très sombre de la lutte pour la préservation du climat.

Pour ses auteurs, l’engagement des États pour respecter l’Accord de Paris est largement insuffisant. Ils évoquent un « écart catastrophique ». Et soulignent que les contributions nationales, les fameuses NDC, n’ont en l’état aucune chance de maintenir l’augmentation de la température du globe sous les deux degrés.

Réalité, timing et COP23

Un changement de stratégie qui trouve d’abord ses racines dans l’actualité. La COP23 se tiendra à Bonn (Allemagne) du 6 au 17 novembre. Ce sont les Iles Fidji, menacées de submersions par la montée du niveau des mers, qui président cette 23e conférence mondiale sur le climat. Il faut aussi y voir les effets d’un été qui a vu s’enchaîner dans le monde de violentes catastrophes naturelles (ouragans, inondations, incendies), qui ont aussi bien touché des pays riches qu’en voie de développement.

Le message des scientifiques aux chefs d’État et de gouvernement est donc clair. Alors qu’un tiers seulement des efforts à accomplir ont été faits, il est temps d’accélérer la transition vers un monde bas-carbone. Si d’ici 2030, l’humanité n’a pas inversé drastiquement la courbe de ses émissions de gaz à effet de serre, ses chances se préserver le climat seront quasiment nulles. Une disposition de l’Accord de Paris, signé en décembre 2015, permet de revoir à la hausse les ambitions climatiques des pays les plus ambitieux. À bon entendeur…

Culpabilité des énergies fossiles

Le rapport de PNUE possède un grand mérite : celui de ne pas jouer avec la réalité. Il pointe en effet les responsabilités dans le réchauffement climatique. L’extraction et la combustion des énergies fossiles doit cesser. Les scientifiques mandatés pour l’ONU appellent plus particulièrement à un abandon rapide du charbon partout dans le monde.

Ils appellent aussi le secteur privé à jouer un rôle actif pour rendre « plus robuste » l’Accord de Paris. Sans surprise, ce sont dans les secteurs du transport et dans celui de l’énergie que les potentiels de réduction les plus importants ont été identifiés. Mais on regrette que les auteurs ne soulignent pas la nécessaire mobilisation du secteur financier. 

La publication de ce document, et la sévère mis en garde qu’il contient sur l’inaction et ses conséquences, constitue aussi un risque : celui de faire penser à nos décideurs qu’il est désormais « trop tard » et que la solidarité climatique internationale n’a plus de raison d’être. En la matière, l’administration Trump a déjà créé un dangereux précédent. 

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