Après le climat, la biodiversité aura bientôt sa “Task Force” (TNFD)

Sophie Chauliac | 08 Octobre 2020 | 923 mots

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Il y avait la TCFD pour le reporting climat, il y aura bientôt la TNFD pour le reporting biodiversité. Après les premières annonces au mois de juillet dernier, le groupe de travail provisoire a été officiellement lancé le 25 septembre 2020. Une soixantaine de membres réunis autour d’un objectif commun : mieux identifier, mesurer et gérer les risques liés à la biodiversité, pour mieux la préserver. Un premier cadre de reporting devrait être élaboré dès 2021. (en accès libre)

Après la TCFD (Task force on Climate-related Financial Disclosures) -le groupe de travail sur la publication d’informations financières relatives au climat créé il y a 5 ans lors de la COP21- voici la TNFD (Task force on Nature-related Financial Disclosures), sa sœur jumelle, qui se focalisera, elle, sur la biodiversité. Une initiative mise en œuvre par l’ONG britannique de lutte contre la déforestation Global Canopy, le Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD), l’Initiative Financière du Programme des Nations-Unies pour l’Environnement (UNEP FI) et le WWF, officiellement lancée le 25 septembre dernier lors du Nature for Life Hub, organisé quelques jours avant le tout premier sommet des Nations-Unies sur la biodiversité.

L’objectif de ce qui est encore à ce stade un “groupe de travail informel” : mieux évaluer les dépendances, les impacts et les (nombreux) risques liés à la biodiversité pour les entreprises et le secteur financier, afin de mieux la préserver. L’initiative, dont l’idée a germé en janvier 2019 lors du Forum Économique Mondial de Davos, réunit désormais 62 membres publics et privés : 34 institutions financières (dont AXA, BNP Paribas, PIMCO, Crédit Suisse, Mirova mais également des banques de développement comme l’Agence Française de Développement), 5 entreprises (BP, GlaxoSmithKline, Ernst and Young, KPMG and EcoAdvisors), des gouvernements (dont celui de la France, du Royaume-Uni, de la Suisse et du Pérou) et des institutions internationales (Convention sur la Diversité Biologique, Forum Économique Mondial, OCDE, etc.)

Vers un cadre de reporting commun

Des membres qui se réuniront désormais une fois par mois pour établir un plan de travail détaillé sur 2 ans et qui seront appuyés par un groupe d’experts techniques (TEG), dont la liste de noms n’est pas encore disponible. La gouvernance, l’équipe et le plan d’actions de la Task-force devraient être annoncés lors du prochain congrès de l’IUCN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) -il devait se tenir à Marseille en janvier 2021 mais a été repoussé sine die-  et la TNFD devrait être “pleinement opérationnelle” dans le courant du 2ème semestre 2021.

Au programme du plan travail : le développement d’un cadre de reporting sur la biodiversité, développé en partenariat avec les entreprises, et dont une première version et phase de test est attendue dès 2021. Les travaux de la TCFD -créée par le Financial Stability Board du G20 et présidée par Michael Bloomberg- avaient, eux, débouché en 2017 sur un cadre de reporting pour les risques et opportunités liés au climat, organisé autour de 4 grands axes : la gouvernance, la stratégie, la gestion des risques et enfin les indicateurs et objectifs. Un cadre volontaire mais devenu “incontournable” en France selon une récente étude des cabinets EY et Deloitte, qui indique que plus de 60% des entreprises du SBF 120 s’alignent - parfois seulement partiellement- sur les recommandations de la TCFD pour leur reporting climat (lire notre article).

Pourquoi créer une nouvelle structure au lieu d’intégrer la biodiversité dans le périmètre de la TCFD, les enjeux climat et biodiversité étant souvent liés ? “Les réponses que nous avons reçues suite à nos premiers contacts avec la TCFD ont indiqué qu’il n’était pas possible d’en élargir le périmètre pour y inclure des aspects biodiversité qui ne soient pas liés au climat. C’est pourquoi nous avons créé un groupe séparé pour lancer la TNFD. Mais je tiens à souligner que nous sommes en contact avec la TCFD et que nous souhaitons apprendre de leur expérience […] le travail de la TNFD s’appuiera sur et sera compatible avec celui de la TCFD”, assure Chris Hart, Senior Sustainable Finance Associate chez Global Canopy.

Le “nouveau défi” de la finance verte

Au cours des derniers mois, les initiatives du secteur privé en faveur de la préservation de la biodiversité se sont multipliées. À la fois du côté des entreprises, à l’instar de l’initiative Act4Nature International (lire ci-dessous notre article) et des investisseurs. “La finance biodiversité est le nouveau défi de la finance verte”, assurait même Bérangère Abba, Secrétaire d'État chargée de la Biodiversité lors du Nature for Life Hub. Une coalition de 26 investisseurs internationaux représentant 3.000 milliards d’euros d’actifs sous gestion a d’ailleurs lancé fin septembre le Finance for Biodiversity Pledge, s’engageant d’ici 2024 à mesurer les impacts de leurs investissements sur la biodiversité, à définir des objectifs pour mieux la préserver et à communiquer sur l’atteinte de ces derniers. La grande difficulté réside dans l’absence de données standardisées et la complexité des indicateurs à mettre en place (lire notre enquête).

Une prise de conscience bienvenue, alors que les récentes conclusions de l’IPBES sont alarmantes. Au mois de juin dernier, l’ONG britannique de promotion de la finance responsable ShareAction a de son côté analysé la prise en compte des enjeux biodiversité dans les politiques d’investissement des 75 plus gros asset managers mondiaux (dont 40 européens). Aucun d’entre eux ne possède une politique spécifique sur la biodiversité couvrant tous les actifs en portefeuille et seulement 11% évoquent clairement dans leurs politiques d’investissement responsable le besoin d’atténuer les impacts négatifs sur la biodiversité. Un “échec collectif”, déplore l’ONG (lire notre article).

(Illustration : image stock)

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