COP 27 : Les engagements du G20 ouvrent la voie à un accord ambitieux

L. Estival, L. Pedrola et A. Verronneau | 16 Novembre 2022 | 1439 mots

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Alors qu'elles semblent avoir peu avancé, les négociations vont-elles enfin s'accélérer ? Le communiqué du G20 publié à l'issue du sommet de Bali contient de nombreux ingrédients qui pourraient faciliter les discussions de la COP27. Retour sur une journée charnière.

Les engagements du G20 préfigurent-ils les grandes lignes de l'accord final ? Publiée au moment où les négociations à Charm El-Cheikh entrent dans une phase clé, la déclaration des pays les plus puissants de la planète envoie des signaux positifs, et montre que dans un contexte géopolitique très complexe, le climat est bien une préoccupation des dirigeants. Les leaders se sont en effet accordés sur plusieurs points clés, en particulier sur le charbon, s’engageant à "accélérer les actions visant à éliminer progressivement les centrales électriques au charbon sans dispositif d’atténuation", une première dans un texte du G20. Les dirigeants réaffirment également l’objectif de "limiter l’élévation de la température à 1,5°C", un objectif que certains États (Chine, Inde, Arabie Saoudite, Qatar…) souhaitent mettre de côté. "La déclaration donne un mandat clair des leaders à leurs ministres pour faire preuve d’ambition dans la dernière ligne droite des négociations", se réjouit Luca Bergamaschi, directeur du think tank italien ECCO. 

De larges passages du communiqué du G20 reviennent sur la nécessaire réforme des institutions financières internationales afin de créer les conditions du "choc de financement" appelé par le président français, Emmanuel Macron, qui a annoncé la tenue d’un sommet pour un nouveau pacte sur le financement, à Paris en juin 2023. "D’ici là, les pays qui veulent faire preuve de leadership doivent avancer sur des sujets comme les droits de tirages spéciaux, la réforme des banques multilatérales, la dette et les pertes et préjudices et autres, qui doivent tous être traités lors du sommet en juin, explique  Friederike Röder, Vice Présidente pour le plaidoyer chez Global Citizen. Il nous reste 7 mois pour enfin avancer sur la question des financements pour le développement et le climat, qui est une question vitale pour tant de pays". Lors du point presse dédié, le Président français est également revenu sur le "comité des sages" conduit par la Première Ministre de la Barbade et qui aura pour objectif de proposer des recommandations en amont des assemblées de la Banque Mondiale et du FMI au printemps prochain. "Cette déclaration n’est qu’une étape pour réformer les institutions financières internationales, urgente pour reconstruire la confiance entre le Nord et le Sud", estime Sébastien Treyer, directeur général de l’IDDRI. 

Passer des discours à l'action

Autant de messages bienvenus, même si selon Lutz Weicher, directeur du programme climat de Germanwatch, "il n'y a pas derrière ces mots des explications sur ce que les membres du G20 mettent derrière. Ce qui donne l'impression d'un exercice assez formel". En témoigne par exemple la présence parmi les signataires de la Chine et de l'Arabie Saoudite, qui, tout en reconnaissant la nécessité de mettre plus d'argent sur la table et de faire preuve de solidarité avec les pays les plus vulnérables, bloquent les discussions sur les Pertes et Préjudices au moment où "il y a eu de grandes avancées sur la position par exemple de l'Union européenne", remarque Lola Vallejo, directrice du programme climat de l'IDDRI. 

Au fil des pages du communiqué commun sont toutefois mis en avant des réalisations concrètes, tels le JET-P signé avec l'Indonésie, qui s'il n'est qu'une partie de la solution, répondent aux ambitions portées par la présidence égyptienne de faire de la COP27 celle de la "mise en œuvre". Un objectif dont il a été largement question au cours de cette journée, avec la signature officielle de deux partenariats : un premier entre l’Égypte, mené par les États-Unis et l’Allemagne, et le second entre l’Égypte et l’UE pour le développement de l’hydrogène décarboné. S'inspirant de la même philosophie que les JET-P, ces mécanismes, critiqués par des ONG qui refusent de voir les pays bénéficiaires devenir "les pompes à essence" de l'UE, prévoient une aide financière pour développer les EnR et réorienter une partie du gaz ainsi économisé vers l'Europe. Mais, s’ils devraient permettre à court terme à l'UE de répondre à ses besoins en gaz, sur le long terme, le développement des EnR profitera à l'Égypte : le pays pourra en effet, outre la baisse de ses propres émissions, utiliser une partie de cette électricité bas-carbone pour accroître sa production d'hydrogène vert et sécuriser ses débouchés vers l'Europe, celui-ci remplaçant le gaz dans les pipelines. L'UE ne pouvant couvrir que 50 % de ses besoins futurs en hydrogène, "l’Égypte est un des premiers pays avec lequel nous concluons un tel partenariat, a insisté Frans Timmermans, le vice-président de la Commission européenne, nous espérons que cela marque un pas en avant vers le Partenariat UE-Méditerranée pour l’Hydrogène renouvelable, faisant office de modèle pour bien d’autres à venir. Nous allons nous pencher sur les infrastructures hydrogène et les financements nécessaires ainsi qu’aux problématiques règlementaires. Et cela contribuera à un cadre général pour un futur marché de l’hydrogène, avec des standards environnementaux et de sécurité harmonisés."

La biodiversité au cœur des préoccupations

Le communiqué du G20 met aussi l'accent sur la nécessité de trouver un accord sur le nouveau cadre international sur la biodiversité, un sujet qui sera au cœur des débats de la COP15 dans trois semaines. Signe de cet intérêt croissant, le sujet faisait ce 16 novembre l'objet d'une journée dédiée, sorte de "tour de chauffe" avant la réunion de Montréal. Des dirigeants, architectes de l’Accord de Paris - parmi lesquels Laurence Tubiana et Laurent Fabius - ont appelé les pays participants à s’accorder sur un cadre ambitieux. Plusieurs initiatives ont par ailleurs été lancées ou ont fait l’objet d’un état des lieux : le programme ENACT (Enhancing Nature-based Solutions for an Accelerated Climate Transformation) coordonnera les efforts mondiaux fondés sur la nature dans le cadre de la lutte contre le changement climatique, la dégradation des terres et des écosystèmes et la perte de biodiversité, espérant une meilleure intégration de ces solutions éparses. Les parties prenantes ont également fait le point sur l’initiative du G20 lancée en 2020 pour réduire de 50 % la part de terres dégradées d’ici 2040. L’occasion de "désiloter" la lutte contre le changement climatique et celle contre l’effondrement de la biodiversité.

Une interconnexion qui a émaillé le discours du président brésilien nouvellement élu, Luis Ignacio Lula de Silva, accueilli en star par le public. Quelques nouvelles orientations clés ont été annoncées : objectif zéro déforestation en 2030, soutien aux agriculteurs pour une activité respectueuse des sols, création d’un ministère pour représenter les populations indigènes d’Amazonie "qui ne doivent plus être traitées comme des criminels par l’industrie". "Nous allons prouver qu’il est possible de produire de la richesse sans menacer l’environnement" a harangué Lula. Des partenariats mis en veille seront réactivés, à l’instar de la relance du Fonds pour l’Amazonie, lancé en 2008 par la Norvège avec l’Allemagne, et dont les paiements ont été gelés pendant le mandat de Jair Bolsonaro. Les deux pays ont déjà signifié leur intention de relancer le programme suite à l’élection d’octobre. 

Après le retour des États-Unis, l'année dernière, celui du Brésil est tout aussi tonitruant. "Nous allons demander au secrétaire général des Nations Unies que la COP 30 ait lieu en Amazonie. Ceux qui défendent le climat doivent connaître cette région. Nous n’aurons pas, seuls, la force et l’argent pour la protéger". Et Lula de promettre, en attendant, une présidence active brésilienne du G20 en 2024. La lutte contre le changement climatique "tiendra la plus haute place dans la structure de [son] prochain gouvernement", a-t-il également souligné, en prévenant d'ores et déjà de sa volonté de mettre les sujets qui fâchent sur la table : la réunion des 100 Md$ par an à l’attention des pays les plus pauvres et l’avancée sur le sujet des pertes et préjudices. De quoi encourager les négociateurs à accélérer le mouvement ? Réponse d'ici la fin de la semaine…

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