Démission de Nicolas Hulot : les professionnels de la RSE désolés mais pas surpris

Nicolas Hulot

Professionnels de la RSE et ONG environnementales n’expriment aucune surprise face à la démission, ce mardi 28 août en direct sur France Inter, du ministre de la transition écologique. Un départ que nombre d’entre eux, s’ils le comprennent, déplorent, y voyant notamment le triomphe de visions court-termistes (en accès libre).

Un "gâchis", tweete Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France. Le signe de la "régression de l’environnement en France", d’après l’ancienne ministre de l’écologie Corinne Lepage. Une décision que le climatologue Jean Jouzel regrette mais comprend. La preuve du "manque d’ambition flagrant" du gouvernement sur les problématiques sociales et environnementales selon Oxfam, ou la fin du green washing de la communication gouvernementale aux yeux d’Agir pour l’environnement. La démission de Nicolas Hulot, si elle suscite compréhension et regrets, n’étonne pas ces acteurs de la RSE et de la défense de l’environnement.

La forme, seule, a pu dérouter. L’annonce a été faite en direct à la radio, apparemment sans réelle préméditation et sans avoir prévenu au préalable le président de la République et le Premier Ministre. Mais le moment lui-même est peu surprenant : Nicolas Hulot, comme d’autres ministres avant lui, dont Emmanuel Macron lui-même, quitte ses fonctions à la fin de l’été, juste avant des arbitrages budgétaires avec lesquels ils auraient pu être en désaccord. Et ce en période de transition dans de nombreux domaines. Il avait d'ailleurs déclaré au printemps qu'il mettrait la pause estivale à profit pour réfléchir.

Repenser le rôle politique de l’écologie

Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), plan biodiversité, conclusions des assises de l’eau… Les dossiers sur le bureau du ministre de l’écologie sont en effet nombreux, épineux et requièrent des moyens que Nicolas Hulot n’était pas certain d’obtenir. Pourtant, si les acteurs de la RSE reconnaissent que tout n’avance pas au même rythme, tous saluent une bonne collaboration entre le ministère et les entreprises depuis la prise de poste de Nicolas Hulot. "Les dossiers sont ouverts", estime Gilles Vermot-Desroches. Le directeur du développement durable de Schneider Electric ajoute que les entreprises sont conscientes du rôle qu’elles ont à jouer pour "mettre sur le marché des solutions qui permettent de répondre aux enjeux et défis sociaux et environnementaux". Il précise qu’avec Nicolas Hulot, le dialogue a été "constructif".

Une analyse que ne renie pas Arnaud Gossement, cet avocat spécialiste du droit de l’environnement invitant à reconnaître le rôle des groupes d’intérêt, un terme qu’il préfère à celui de lobbies, pour faire avancer les dossiers. Ce qu’il convient de garantir à ses yeux, c’est l’équilibre de ces différents groupes dans l’accès au pouvoir. Une représentation de tous d’autant plus importante que, souligne-t-il, e gros chantiers sont en cours. Des chantiers mal engagés selon ce vétéran du Grenelle de l’environnement. Son espoir ? Que cette démission soit l’occasion de repenser la place et le rôle du ministère de l’écologie.

Une idée également chère à Nicolas Hulot qui, en 2006, avait expliqué qu’un ministre de l’écologie était, par essence, impuissant, et qu’il convenait de concevoir une réforme constitutionnelle pour que l’écologie devienne centrale via la création d’une fonction de vice-Premier ministre en charge du long-terme.

"En lien avec les entreprises"

Cette décision, de ‘cohérence personnelle’, est saluée par Hélène Valade, présidente de l’Observatoire de la Responsabilité sociale des entreprises (Orse) : "il voulait pouvoir se regarder dans la glace. Je suis admirative sur le plan personnel. Mais sur le plan collectif, c’est plus compliqué. Il avait un rôle extrêmement important dans ce gouvernement et les choses ne peuvent pas se faire en un an".

Une année qui n’a pas été blanche à ses yeux : instauration d’une feuille de route de l’économie circulaire "porteuse de promesses", engagement des entreprises en matière de préservation de la biodiversité… Il a "remarquablement conduit ces dossiers", dans une "intelligence collective en lien avec le monde des entreprises". L’étape d’après selon elle consiste à construire la transversalité, pour inventer « un nouveau modèle économique « qui doit réunir l’approche environnementale, financière, et économique ».

La transformation de l’économie, un enjeu de long terme à privilégier

Une position en accord avec la prise de parole de Nicolas Hulot sur France Inter : "on s’évertue à entretenir, voire à réanimer, un modèle économique marchand, qui est la cause de tous ces désordres".

Du côté du C3D, le collège des directeurs du développement durable, l’analyse est analogue. Pour Fabrice Bonnifet, il convient désormais d’abandonner une économie linéaire, adaptée à un contexte où les ressources seraient infinies, au profit d’une économie circulaire : "ce faisant, on pourrait résoudre tout ou partie des problèmes sociaux". Le président du C3D estime que cet enjeu de transformation de l’économie et de création d’emplois, est toujours le perdant des décisions politiques court-termistes actuelles dont la démission de Nicolas Hulot n’est qu'une illustration supplémentaire.

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