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En rejetant les accords de Paris sur le climat dans un sursaut protectionniste largement condamné, le président américain a échoué à comprendre que les investissements verts sont aussi les profits et les emplois de demain - et que les marchés de capitaux ne s'y tromperont pas (en accès libre).  

En rejetant les accords de Paris sur le climat dans un sursaut protectionniste largement condamné, le président américain a échoué à comprendre que les investissements verts sont aussi les profits et le welfare de demain - et que les marchés de capitaux ne s'y tromperont pas. 

Cette sortie des Etats-Unis des accords de Paris sur le climat marque aussi la fin du Clean Power Plan (CPP) voulu par Barack Obama. Car 29 états américains ont un mandat de gestion de leur propre politique énergétique - dont la Californie, 6ème économie mondiale -, et ont avec eux l'adhésion de nombreuses villes et industriels, qui manifestent leur désaccord comme Jeff Immelt (CEO de General Electric), Elon Musk (Tesla) ou les dirigeants des "GAFA". Neuf états du nord-est américain ont mis en place leur propre échange de quotas carbone. Et les subventions fiscales pour les énergies solaires et éoliennes ont été reconduites en 2015 jusqu'en 2020 - par un congrès déjà républicain à l'époque. 

La décision de M. Trump fait courir plusieurs risques aux Etats-Unis eux-mêmes, risques qui devraient cependant avoir un impact limité sur la scène mondiale. Ce qui laisse la porte grande ouverte à un leadership fort contre le changement climatique porté par l'Europe et ses alliés, c'est à dire probablement le reste du G20 qui se réunira en juillet 2017.  

Tout d'abord l'amérique énergétique de Donald Trump risque de se segmenter : les énergéticiens américains (les "utilities") représentent 40% du mix énergétique américain en termes d'émissions de GES - devant les transports -, et devaient conformément au CPP continuer leur sortie du charbon et freiner l'utilisation du gaz naturel (qui a dépassé le charbon en 2015). Il leur sera plus compliqué sans les fonds, les programmes d'aides (CEIP) et les régulations du CPP de transitionner vers des centrales NGCC et la génération d'énergies renouvelables avec des PPAs acceptables par leurs clients. Une différenciation énergétique régionale segmentera le territoire américain, avec de fortes varaitions dans le mix électrique et dans la sécurité d'approvisionnement, malgré une demande d'électricité verte déjà enclenché par des grands groupes, et un marché du green-power qui s'étendra aux sociétés de taille plus petite - et qui pourrait être intermédié par Wall Street -, et enfin la mise en place de "smart-grids" régionaux, et des états qui subventionneront les opérateurs capables de s'en doter. 

Ensuite, elle court un risque lié aux conditions du financement privé des infrastructures : "We are going to fix our inner cities and rebuild our highways, bridges, tunnels, airports, schools, hospitals", annonçait le candidat Trump. Mais les marchés de capitaux s'inquiètent déjà de la baisse des recettes ficales également promise par le président, qui pourrait porter la dette américaine à 143% du PIB contre 104% aujourd'hui. D'où, localement, une hausse probable des émissions de "municipal bonds", et un appel massif de l'Etat américain à des capitaux étrangers : un fonds de PPP de 40 Md$ abondé par l'Arabie Saoudite vient d'être levé avec Blackstone. Et, un peu plus loin vers l'est, la Chine, acheteur historique de bons du trésor américains, tente de regarder vers l'Europe. 

Enfin, un risque sur la scène internationale. Justement, la part des EnR dans le mix électrique chinois (20%) a déjà dépassé celle des Etats-Unis (13%). Confronté à un double enjeu de croissance économique et de santé publique - qui deviennent un enjeu de stabilité sociale dans le pays - la Chine investit massivement dans les EnR (88 Md$ en 2016), représentant environ le tiers des investissements mondiaux. Et pour financer cela, la Chine est aussi le principal émetteur de green-bonds (27 Md$ de nouvelles émissions en 2016), dans un marché des obligations vertes mondial extrapolé à 103 Md$ en 2017. Du "papier" chinois aujourd'hui principalement absorbé par les banques locales et l'Etat, mais que la Chine aura aussi besoin de placer auprès d'investisseurs étrangers. Le China Interbank Bond Market existe bel et bien pour attirer les asset owners étrangers, le LGX luxembourgeois coterait volontiers les obligations vertes chinoises, mais les investisseurs mondiaux y voient encore "a different shade of green", notamment sur le critère des centrales "clean-coal" bannies par les Green Bonds Principles. Si la Chine se tourne vers l'Europe, nul doute que le sujet de l'investissement étranger "vert" en Chine sera sur la table des négociations. N'en déplaise aux puristes, ces négociations porteront inévitablement aussi sur les accords de libre échange, ce qu'il ne faut pas craindre, tout en tentant de séparer les sujets : l'UNCC pour le climat, l'OMC pour le commerce. 

Au final, M. Trump a peut-être pensé faire économiser à l'amérique quelque ridicules millions de dollars de contribution au budget de la CNUCC, et 3 Md$ de dollars de contribution au budget du Fonds Vert pour le Climat décidé lors de la COP21 (seul 1 Md$ a été versé, in extremis, par l'administration Obama). Peu importe : les pays restants de la COP21 commencent à penser différemment l'utilisation de ce fonds vert : pourquoi pas en affectuer une partie significative en garantie des projets sous-jacents, de nature à rassurer les prêteurs et à attirer des contributions privées à beaucoup plus grande échelle que ce qu'aurait permis ce même fonds investi en direct - et en apportant une expertise privée à l'allocation des projets. 

"The Paris Agreement is less about the climate and more about other nations gaining a financial advantage over the United States", se justifiait M. Trump. C'est au contraire sans l'amérique que les nations du monde mettront en place la finance verte de demain. Mr Trump, If Green Is King, Follow The Money !

 

 

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