Finance responsable : quels sont les programmes les plus ambitieux ? (Élections européennes)

Marie Nahmias | 23 Mai 2019 | 772 mots

PARLEMENT EUROPEEN

Ce dimanche 26 mai, les électeurs français sont appelés aux urnes pour choisir leurs députés européens. L’occasion pour l’ONG indépendante Finance Watch de décrypter le programme des différents groupes politiques en matière de finance responsable (en accès libre).

C’est un enjeu de taille pour de nombreux citoyens. La réforme en profondeur du système financier, attendue depuis la crise de 2008, l’est-elle également pour les décideurs politiques ? Dans un guide, l'ONG Finance Watch éclaire les électeurs européens sur les propositions des différents groupes parlementaires (Finance Watch précise que les groupes EFDD et ENL n'ont ni publié de manifeste, ni répondu à leurs requêtes), au sein desquels se réunissent les partis nationaux, selon leurs affinités politiques. L’association compare ainsi leurs propositions avec ses propres recommandations pour réguler le système. En clair, plus le programme d’un groupe "matche" avec les attentes de l’ONG, plus il obtient un score élevé.

Finance Watch distingue dans son rapport quatre grands axes de travail : stabiliser le système financier, le rendre davantage démocratique, rediriger les flux vers des investissements durables et socialement responsables et se préparer à une nouvelle crise. "Ces quatre thèmes sont en quelque sorte les piliers, l’architecture de notre vision des changements à apporter", explique Benoît Lallemand secrétaire général de l’ONG.

Grands écarts

Pour chacune de ces thématiques, les Verts européens arrivent en tête du classement. Leurs engagements sont par exemple 100 % en adéquation avec ceux de Finance Watch en ce qui concerne la stabilité du système financier. L’organisation demande pour atteindre cet objectif de prendre des mesures telles que la régulation du "shadow banking" (la finance ne passant pas par le système bancaire) ou l’introduction d’une taxe sur les transactions financières au niveau européen.

Autre carton plein pour les Verts lorsqu’il s’agit de "démocratiser" le système actuel. Pour cela, l’ONG internationale préconise entre autres de réduire le poids du lobby financier et de s’assurer que les institutions "soient rendues responsables de l’impact de leurs crédits et de leurs investissements sur les Objectifs de Développement Durable (ODD) de l’ONU", avec la mise en place d’un reporting obligatoire. Dans cette catégorie, l’écart des notes obtenues est particulièrement important puisque les conservateurs, les démocrates-chrétiens et les libéraux obtiennent des scores négatifs (respectivement - 2 %, - 4 % et - 4 %). Leurs mesures sont en effet jugées contreproductives par Finance Watch sur certains points comme : "libérer la capacité de l’investissement public en adaptant les règles de déficit".

Le groupe d’extrême gauche et celui des socialistes affichent des résultats notables (77 % et 61 %) lorsqu’il s’agit de rediriger les flux de capitaux vers des investissements durables et responsables. L’ONG rappelle que cette réorientation doit permettre de lutter contre le changement climatique et l’érosion de la biodiversité. Le programme des libéraux est quant à lui compatible à hauteur de 17 % avec les préconisations de Finance Watch. C’est un peu mieux que la note obtenue pour la préparation à de nouveaux chocs financiers et économiques (14 %) qui passe par l’instauration de plans d’urgence et la baisse du nombre de "prêts non-performants" (NPL). Là encore les propositions des Verts excellent avec 95 % de compatibilité.

La réforme du système financier, un sujet "partisan" ?

Si le groupe écologiste affiche de si bons résultats, c’est notamment parce que leur bureau fait partie de ceux qui ont tenu à clarifier une série de mesures auprès de l’ONG, après la publication d’une première version de l’étude, le 25 avril. "Notre guide s’adresse aussi aux partis politiques en les poussant à être plus ambitieux dans le domaine de la finance responsable", rapporte Benoît Lallemand. "À la suite de notre première publication, les Verts ont su dégager du temps pour nous faire part d’engagements plus poussés".

Ce n’est pas le cas de tous groupes parlementaires. Le secrétaire général de Finance Watch regrette que la réforme du système financier soit encore un sujet "partisanRemettre la finance au service de la société ne devrait pas être une idée progressiste, une idée de gauche pour le dire schématiquement. C’est un enjeu d’intérêt général. Nous aurions souhaité retrouver un large soutien pour cette "vision Finance Watch" des deux côté de l’échiquier politique", déplore-t-il. Une fois les élections terminées, le travail de l’ONG européenne se poursuivra." La prochaine étape sera le suivi des propositions". Une manière de s’assurer que les engagements formulés seront tenus.

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