Finance for Tomorrow tire sa révérence : à quoi ressemblera le futur Institut de la Finance Durable ?

Aurélie Verronneau | 11 Juillet 2022 | 1043 mots

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La gouvernance du futur Institut de la Finance Durable compte encore de nombreuses zones d’ombre. En attendant, la transformation de Finance for Tomorrow, voulue par Paris Europlace, est déjà sous le feu des critiques. Explications (en accès libre).

Ce mardi 12 juillet, Arnaud de Bresson, Délégué Général de Paris Europlace, annoncera la fin de Finance for Tomorrow, la branche de l’organisation dédiée à la promotion de la finance durable, créée en 2017. Un projet qui fait suite aux recommandations du rapport d’Yves Perrier remis à Bruno Lemaire en mars dernier, pour "faire de la place financière de Paris une référence pour la transition climatique." Ce dernier proposait en effet de partager les responsabilités entre une organisation politique et une entité opérationnelle, dont le rôle reviendrait donc à ce futur Institut de la Finance Durable (IFD). Des évolutions avaient déjà été recommandées par le rapport du député Alexandre Holroyd en juillet 2020, avec la mise en place d’une Fondation, une façon de donner à Finance for Tomorrow un statut propre, option qui n’avait cependant pas été retenue. 
Lire notre article : Finance climat : le rapport d’Yves Perrier à Bruno Le Maire dévoilé et Observatoire de la Finance durable : peut mieux faire (F4T) ?

La tutelle de Paris Europlace maintenue

La dépendance de Finance for Tomorrow à l’égard de Paris Europlace représente en effet un facteur limitant - Finance for Tomorrow est uniquement une marque -, qui brouille le positionnement de l’organisation. "Il y a d’un côté un président, mais un président de quoi ? Et de l’autre le directeur de Paris Europlace, observe une source qui a souhaité rester anonyme. Et en même temps, la stratégie se discute au sein du bureau et non avec Paris Europlace." Cette position peut s’avérer acrobatique, en particulier pour les équipes. "Il y a des divergences de point de vue entre les équipes qui souhaitent faire de Finance for Tomorrow une organisation au service de l’intérêt général, et Paris Europace qui veut en faire un outil au service de l’industrie financière", observe une autre source. Pourtant, il n’est pas sûr que la nouvelle organisation permette de clarifier les choses, le futur Institut devant rester dans le giron de Paris Europlace. 
Lire notre interview : Thierry Déau : "plus que les annonces, c’est le partage d’expérience qui entraîne les autres" (Finance for Tomorrow)

Une chose est sûre, la reprise en main du futur Institut par Yves Perrier, chargé de mener la transformation de Finance for Tomorrow d’ici fin 2022, fait jaser au sein de l’écosystème de la finance durable. "Voir Patrick Pouyanné, le dirigeant de TotalEnergies prendre la main sur Entreprises pour l’Environnement (EpE) et maintenant celui Amundi prendre la tête de Finance for Tomorrow est un mauvais signal, regrette une source. Alors que nous vivons une année charnière pour la finance durable, avec des textes clés qui entrent en vigueur, le poids des lobbies moins disants se renforce de façon inquiétante. Ceux qui veulent amoindrir le poids de la finance durable ont gagné la manche." Des inquiétudes partagées par Lucie Pinson, Directrice exécutive de Reclaim Finance. "Ceux qui s’émeuvent de la reprise en main de Finance for Tomorrow et du risque de tuer dans l’œuf toute dynamique de changement qui impliquerait de grandes transformations au niveau des institutions de la place n’ont pas tort", estime la spécialiste. Et les critiques sont d’autant plus fortes que, selon plusieurs sources, "tout s’est décidé au niveau de Paris Europlace sans consultation d’autres parties prenantes, y compris le bureau de Finance for Tomorrow..."

Une plus grande place aux industriels

Officiellement, le nouvel Institut aura pour objectif d’associer à ses travaux les acteurs de l’industrie, aux premières loges de la transition énergétique, et d’impliquer les dirigeants au plus haut niveau. "Il y a une volonté d’Yves Perrier d’impliquer les décideurs, pour que les enjeux de la finance durable soient traités à un niveau stratégique", observe Pauline Becquey, l'actuelle directrice générale de Finance for Tomorrow. Cela devrait d’ailleurs se traduire dans le futur bureau. "Il y aura un niveau de gouvernance à haut niveau, la question est de savoir si on garde un niveau opérationnel et technique qui pourrait être le bureau actuel", observe la responsable. Le bureau renouvelé en juin dernier reflétait une relative diversité de parties prenantes, avec aux côtés des investisseurs institutionnels, sociétés de gestions et entreprises, les cabinets de conseil et agence de notation, ainsi que l’association I4CE, qui permettait de faire rentrer la recherche au sein de l’organisation. Pour l’instant, aucune réponse n’a été apportée quant à la composition du futur bureau. Il serait question d’y associer un advisory board, une façon d’associer à la gouvernance d’autres parties prenantes que les professionnels de la finance et du monde de l’entreprise. 

Des questions en suspens

Qu’en sera-t-il du périmètre du futur Institut ? Le rapport Perrier se concentrant sur le climat, on pourrait craindre un abandon des autres sujets. D’après une note que RSEDATANEWS a pu consulter, "la priorité donnée au climat et au carbone dans le cadre des chantiers est bienvenue mais ne doit pas occulter les autres sujets (impact, biodiversité, etc.) qui doivent être poursuivis." Les travaux de l'Observatoire de la finance durable doivent également continuer, a minima jusqu'à la fin des financements du programme européen LIFE en 2024 et de l'Ademe en 2023. Pour ce qui est des moyens, le rapport Perrier recommandait un budget de 6 à 8 M€ pour être en capacité de rivaliser avec le Green Finance Institute britannique, à comparer avec un budget de 2 M€ aujourd’hui. D’où viendront ces financements supplémentaires ? Pour l'instant, Bercy ne semble pas décidé à mettre la main à la poche. 

Pas d’informations non plus sur le portage politique voulu par le rapport Perrier. "Il faudrait que Bercy et le Ministère de la Transition écologique soient impliqués, ainsi que le nouveau Secrétariat Général à la Planification Écologique", estime une source proche du dossier. Réponse à la fin de cette année 2022...

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